St Valentin Polar noir

Aujourd'hui, c'est la St Valentin, et j'ai décoré la maison comme elle aimait la voir, tous les ans, le 14 février. Les ballons, en forme de cœur, une boite de bonbons qui l'attend. Qui l'attend comme je l'attends. Peut-être va t-elle revenir ?
Depuis combien de temps est ce que j'attends son retour ? un an, des années ? Je ne sais plus.
Ici, dans ce coin de presque désert, le temps ne s'écoule plus, il reste immuable, comme une vaste plage immobile. Le soleil se lève et se couche, c'est tout.
Autrefois, quand elle était là, le petit garage marchait bien, du monde passait sur cette route qui serpente entre les montagnes de la monument valley. Elle faisait la cuisine pour les routiers, je m'occupais des camions et des voitures, réparations et vente d'essence.
Tout allait bien jusqu'au jour où le chauffeur de ce camion est entré dans le petit bar.
Je l'ai suppliée de rester, sur tous les tons. Il ne pouvait rien lui apporter, et avait sûrement des tas de femmes qui l'attendaient un peu partout. Elle ne m'écoutait même plus, j'avais cessé d'exister pour elle, le garage et la vie simple étaient devenus trop étroits et sans intérêt.
Cette St Valentin là, j'avais voulu lui faire une surprise. Les ballons partout, multicolores, des fleurs, qu'un grossiste m'avait vendu de son chargement, et une bague, pour porter avec son alliance.
Je ne sais plus très bien ce qui est arrivé, seulement qu'elle n'a pas voulu prendre la bague, et qu'elle m'a rendu mon alliance. Après ? après elle n'était plus là. Un routier a du l'emmener rejoindre cet homme.
J'ai rangé les ballons, jeté ceux qui étaient crevés et tachés de rouge, j'ai fait mon travail, et ai répondu qu'elle était chez ses parents aux questions. Je ne sais pas où elle est, je ne l'ai jamais su.
Une nouvelle route a été construite, plus rapide, et maintenant il n'y a plus que quelques voitures égarées qui passent, et s'en vont le plein fait. La poussière a tout envahi, mais aujourd'hui j'ai fait le ménage, le plancher brille, et les ballons flottent dans l'air sec.
Il n'y a que son petit jardin que je n'ai pas touché. Je n'aime pas y aller, je n'aime pas cet endroit. Pourquoi, je ne sais pas. De drôles d'images me viennent quand je le regarde, elles n'ont pas de sens.
Elle sera peut-être là ce soir ?
Par hauteclaire, Jeudi 14 Fevrier 2008 à 07:30 GMT+2 dans contes (article, RSS)







