St Valentin hold up (conte naïf)

Tu veux vraiment aller braquer la bijouterie « prima star » Lance ? interrogea pour la dixième fois le gros Dédé,
_c'est qu'elle est drôlement bien protégée !
_Protégée ou pas, je veux une pierre de lune pour offrir à ma femme cette Saint Valentin, et c'est là qu'il y a les plus maousses.
C'est notre premier anniversaire de mariage, et la mouflette aura un mois tout pile. Imagine si je n'offre rien à ma petite fée !
_ Elle est âpre au gain ta gisquette ?
_Pas du tout ! répliqua Lance, indigné,
et le pire c'est qu'elle ne dira rien. Elle sait que je l'aime, mais j'ai toute sa famille qui viendra, et je vois d'ici le visage de son père, si je ne sais pas organiser un honnête braquage pour un cadeau. Et sa mère, et ses tantes ! Elles ne se déplacent pas sans leurs vitrines personnelles. Déjà que l'alliance les avait déçu.
_Tu l'avais pourtant achetée à Léo le nerveux, le meilleur receleur de la ville ?
_Oui, avec le paternel qui surveillait par dessus mon épaule. Quel après-midi ! Et je ne pouvais pas prendre la plus grosse, alors...
_Il lui a donné des bijoux le paternel ?
_Bien sur, avec tous les coups qu'il a fait, il pourrait ouvrir une boutique remplie à ras bord de joncaille, mais je veux qu'elle porte le mien !
_C'est bon, on y va.
Un quart d'heure, deux portes blindées dûment crochetées, et une alarme débranchée plus tard, Lance et le gros Dédé, se déplaçaient en silence dans une pièce garnie de tapis épais, remplie de vitrines où étincelaient les pierres de lune et les étoiles filantes parures de front, dernier cri de la mode. Lance repéra la bague qu'il voulait, et s'attaqua à la serrure. Le verrou fit un claquement sec en s'ouvrant, qui réveilla les pierres en sursaut. Un concert de cris se fit entendre :
_Qu'est ce que c'est ?
_Un voleur, au secoooours !
_Mesdames, mesdames, supplia Lance, je veux seulement emmener l'une de vous pour orner le doigt de ma charmante épouse.
Le désordre ne fit que s'accroître, les étoiles filantes ainsi libérées se ruant à l'attaque des deux intrus, pendant que les pierres de lune hurlaient à qui mieux mieux.
Des sifflets se firent entendre à l'extérieur, accompagnés de grondements bien reconnaissables :
_ Les droides gardiens et leurs molosses robots ! Filons ! dit Dédé, en prenant ses jambes à son cou vers la sortie, suivi par Lance.
Les étoiles filantes retournèrent dans leurs écrins, près des pierres de lune :
_ Non, mais vous avez vu ces deux lourdauds ? s'exclama l'une d'elles,
_ Il voulait m'offrir à sa femme, s'étranglait la pierre sur sa monture,
Quelle honte ! Moi qui suis promise à une dame de la haute société !
_ Calmez-vous, ils ne sont pas près de revenir, les molosses vont leur donner la chasse.
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_ Tu crois qu'on les a semés ? fit Dédé hors d'haleine.
_ Ca fait trois fois que nous faisons le tour du quartier, ils sont loin maintenant. Je vais retourner dans cette satanée bijouterie et finir le travail.
_ Retourner ! Tu n'y pense pas ! Moi, je ne suis pas.
_ Allons Dédé...
_ Rien à faire. D'ailleurs il faut rentrer. Jo ne va pas pouvoir attendre indéfiniment avec les moteurs allumés sans attirer l'attention. Tu lui trouveras autre chose, à ta petite femme.
Les épaules de Lance s'affaissèrent, et il fit quelques pas à la suite de Dédé, quand un petit bruit les arrêta :
_ T'as entendu ? fit Dédé.
_ On dirait quelqu'un qui pleure. D'où ça vient ?
_ De par là, répondit Lance,
_ vers les containers de déchets.
Il souleva les couvercles les uns après les autres, et au dernier, dans le fond du container, trouva une toute petite étoile filante qui pleurait à chaudes larmes. Elle s'arrêta brusquement en le voyant, terrorisée.
_ Et bien petite, qu'est-ce que tu fais là ? demanda Lance.
_ N'aie pas peur, je ne vais pas te faire de mal.
_ C'est le bi-bijoutier, répondit l'étoile entre deux sanglots,
_ Il m'a trouvée trop petite, et il m'a jetée ici.
_ Si c'est pas malheureux de voir des choses comme ça, grogna Dédé.
_ Et tes parents ?
_ Mon essaim a été dispersé en arrivant sur la planète. Celles qui ont survécus ont été vendues.
Lance réfléchissait rapidement :
_ Tu ne peux pas rester ici. Sors de là, tu vas venir à la maison. Quel âge as-tu ?
_ Juste un mois.
_Comme ma fille, tu pourras rester dans sa chambre et jouer avec elle. Allez sors.
L'étoile sortit du container, éclairant la moitié de la rue.
_ Tiens pose-toi dans cet écrin, fit Lance, tu fais trop de lumière. Et ne pleure plus, tu mets des gouttes brillantes partout, tu vas nous faire repérer.
_ Qu'est ce que vous avez trouvé ? Fit Jo, curieux, en fermant les sas pour décoller.
_ Cette petite étoile, répondit Lance, en ouvrant l'écrin
_ Tout ce tintamarre pour cette demie portion ! Oh, ça va, j'ai rien dit, c'est pas la peine de pleurer petiote. D'ailleurs t'es d'une très belle couleur !
Lance la regarda pensivement :
_ C'est pourtant vrai, et elle va grossir rapidement.
Le jour de la Saint Valentin, toute la famille admira l'étoile filante que la jeune épouse de Lance portait fièrement au front, petite mais d'un éclat admirable, sa mère eut même un sourire approbateur.
_ Finalement il n'est pas si mal ce Lance, fit-elle à son mari,
et la petite a l'air heureux.
La nuit venue, petite étoile, bien fatiguée d'avoir tant brillé, dormit profondément dans l'écrin spécialement fabriqué par Lance, au dessus du berceau.
Lance reçut un des plus beaux baisers de sa vie d'époux.
Par hauteclaire, Jeudi 14 Fevrier 2008 à 07:15 GMT+2 dans contes (article, RSS)








