Conte de Pâques: La livraison

Amalric et Cassia prenaient tranquillement le thé servi par Audouin, accompagné des petits gâteaux préparés avec soin par Mara, la cuisinière. Le droide majordome, vêtu de sa livré à rayures, son maintien empreint de sa dignité coutumière, attendait près de la table, afin de savoir si ses maîtres avaient encore besoin de quelque chose. Mara avait fait une apparition rapide, apportant une assiette supplémentaire de friandises, ravie de voir le bon accueil qui leur était réservé par le jeune couple.
-« Désirez-vous encore un peu de thé, Madame ? » demanda Audouin de son ton le plus cérémonieux.
-« Merci Audouin, ce sera tout » répondit Cassia, pendant que Amalric faisait un petit geste de dénégation.
Le droide s'inclina, desservant le plateau, pendant que Cassia se laissait aller dans le fond de son fauteuil de repos, poussant un soupir de contentement :
-« Je crois que je ne vais pas dîner ce soir. Avec tous les gâteaux de Mara que j'ai mangé, je ne pourrai rien avaler de plus ! »
Amalric n'était pas beaucoup plus dynamique :
-« Je suis de ton avis. Je crois même que je vais faire une petite sieste. Elle s'est surpassée, et elle s'occupe tellement bien de la petite ».
Cassia eut un sourire attendri en regardant le bébé dans son berceau :
-« Depuis six mois que nous sommes arrivés, et la naissance, je n'ai pas regretté une fois de m'être installée ici. Mara et Hendry sont des amours de droides, leur service est parfait, et j'ai du soutien pour le bébé. Que demander de plus ! ».
-« Quant à Audouin, il m'aide énormément en tout ! » reprit Amalric,
« bien qu'il soit depuis toujours à ton service ».
La jeune femme acquiesça, sans parler davantage, se laissant doucement glisser vers le sommeil. Amalric se tut, regardant par la croisée le paysage un peu nu de cette fin de semaine,
Il faisait plutôt frais, mais le temps était beau, le soleil de ce milieu d'après-midi brillait dans un ciel bleu, limpide comme du cristal.
Amalric ferma les yeux à son tour, savourant le silence.
-« Amalric, qu'est-ce que c'est que ce bruit ? »
Il avait dû somnoler, car la question le fit sursauter.
-« Tu dis ? »
-« Ecoute ça, qu'est-ce que c'est ? » répéta Cassia, redressée dans son fauteuil.
Amalric tendit l'oreille, et entendit un bruit qui se précisait d'instant en instant. Un bruit soyeux, un peu lourd et répétitif.
-« On dirait un oiseau » répondit finalement le jeune homme,
-« Oui mais alors un oiseau géant ! » constata Cassia.
Elle s'apprêtait à ajouter quelque chose, quand le son d'un choc sourd arrêtèrent les mots sur ses lèvres. La maison en fut tout ébranlée, et même les cristaux du lustre tintèrent, pendant que les assiettes décoratives vibraient dans leurs vitrines. Amalric bondit sur ses pieds, appelant :
-« Audouin ! ».
sans obtenir de réponse. Il se dirigea vers la porte, Mara ressortie de sa cuisine en toute hâte sur ses talons. Audouin apparu à ce moment, flanqué d'Hendry, tous deux venants de l'exterieur.
-« Monsieur, je crois que vous devriez venir voir » Fit Audouin, impassible.
-« Ne bougez pas, toutes les deux » dit Amalric à Cassia et Mara.
Puis il sortit à la suite de Audouin et Hendry.
Le spectacle qui l'attendait dans le jardin le cloua sur place : une énorme cloche avait atterri sur le gazon bien entretenu par les soins attentifs de Hendry, qui se lamentait déjà des dégâts occasionnés. Elle avait de très grandes ailes, justifiées par sa taille, une belle couleur dorée, et l'air assez affairé :
-« Messire Amalric et Dame Cassia, DING ? » demanda t-elle, d'une voix retentissante.
-« Euh, oui, c'est bien ici » répondit Amalric, incertain.
-« J'ai une livraison pour vous, DONG » reprit la cloche.
-« De la part de Dame Chloé ».
-« Ma tante Chloé » fit Cassia, dans le dos de son mari.
Amalric sentit un frisson courir le long de son dos. Chloé, excellente femme, qui adorait Cassia, n'avait pas son pareil pour les cadeaux extravagants, dont personnes ne savait quoi faire. Qu'avait-elle pu inventer cette fois ?
Une petite porte s'ouvrit dans la base de la cloche, une rampe descendit, Amalric et Cassia retinrent leur souffle, pressentant la catastrophe imminente. Le résultat fut à la hauteur de leur crainte. Une quarantaine d'œufs multicolores, ornés de rubans bariolés, dévalèrent la rampe d'accès en hurlant à qui mieux mieux, pour se répandre dans le jardin, et foncer vers la porte de la maison restée ouverte. Amalric tenta de protester faiblement :
-« Il y a sûrement une erreur ! Il ne peut pas y en avoir tant pour nous ».
La cloche eut un mouvement de contrariété :
-« Non, DING, je devais bien livrer quarante œufs surprise à cette adresse. La sûreté de nos expéditions fait la réputation de notre maison, DONG . Si vous voulez bien vérifier l'état de la livraison et me signer le bon».
Un petit robot porteur d'un parchemin reçus et d'une plume dans un plateau sortit à son tour, pour se présenter devant Amalric. Celui-ci, vaincu, signa rapidement, les œufs s'étant déjà égaillés, toute vérification était impossible. Leur forme paraissait d'ailleurs incontestable.
La cloche remercia dignement, et le robot rentré, reprit son vol, disparaissant dans le ciel, vers l'espace et d'autres livraisons.
Amalric reprit le chemin de la maison en courant, ramassant au passage un œuf jaune qui braillait à cause de sa coquille fêlée par un congénère offensif.
Le reste de l'après-midi et le début de soirée furent un vrai combat pour maintenir un semblant d'ordre. Rassembler les œufs répandus dans les jardins voisins, calmer les propriétaires mécontents de voir leurs fleurs bousculées et abîmées. Mettre les objets fragiles hors de portée, les faire sortir de la chambre conjugale, où Cassia en avait retrouvé une bonne quinzaine occupée à sauter sur l'édredon. Mara de son côté, passa son temps dans la cuisine pour faire une sorte de colle maison, à base de blanc, et réparer les coquilles ébréchées. La nuit était bien avancée, quand enfin les œufs rassemblés dans la chambre d'amis, disposés sur le lit, acceptèrent de s'endormir, laissant Cassia et Amalric épuisés. Le bébé, indifférent à toute cette agitation, dormait depuis longtemps à poing fermé, trois œufs, un rose, un vert, un bleu, installés à ses pieds. Cassia se sentit fondre en les voyant :
-« Regarde Amalric, c'est trop mignon ! ».
-« Nous ne pouvons pas les garder » répondit celui-ci, catégorique,
-« Ils vont grandir et éclore. Imagine que ce soit des griffons ! ».
Cassia eut une petite moue de déception :
-« Même pas ceux-ci ? »
-« Bon, si tu veux, ils ont l'air calme. Avec ceux que les voisins ont adoptés, il en reste une trentaine, qu'allons-nous en faire ? ».
-« Nous verrons demain. Moi je suis trop fatiguée pour réfléchir ! ».
Quelques trop courtes heures plus tard, les deux époux furent tirés de leur sommeil par un brouhaha venant de la chambre d'amis, se transformant rapidement en cohue. Quelqu'un,
Audouin sans doute, vint leur ouvrir, et la horde se précipita dans le jardin en clamant son enthousiasme. Amalric repoussa les couvertures, pendant que Cassia allait s'occuper de sa fille. Les trois dans le berceau restèrent bien sages, pendant qu'elle s'apprêtait à la faire manger. Une grosse voix venue du dehors, les cloua sur place :
-« Qu'est-ce que c'est que ces chenapans ! Voulez-vous bien venir ici ».
-« Fomalhaut ! » s'exclama Cassia, enfilant à toute vitesse sa robe de chambre.
Amalric la suivit, se demandant par quelle catastrophe la journée allait commencer. Cassia était déjà près d'une dragonne majestueuse, aux écailles d'un beau vert bleuté, avec une petite coiffe de gouvernante coquettement posée sur sa tête. Fomalhaut dirigeait depuis de nombreuses années le château de sire Thibault avec une autorité incontestée, et Cassia la connaissait depuis toute petite. La dragonne baissa la tête pour que la jeune femme puisse déposer un baiser sur son nez :
-« Bonjour ma petite » puis la regardant avec acuité :
-« La maternité te va bien, tu es resplendissante ». puis revenant aux œufs, rassemblés autour d'elle, étonnement silencieux :
-« En rang par deux, vous allez me faire le plaisir de vous installer dans ces paniers, et sans discussion ! ».
Amalric s'approcha, salué par la dragonne :
-« Messire Amalric. Audouin m'a prévenue hier de votre embarras. Ces garnements feront le bonheur des nombreux enfants du voisinage du château ».
-« J'en garde trois » intervint Cassia,
-« Et quelques uns ont été adoptés » poursuivit Amalric.
Après quelques effusions avec Cassia, la dragonne remonta dans sa navette, emportant les paniers avec elle, et les deux époux retournèrent à pas lents dans la maison, savourant le silence revenu.
-« Merci Audouin » dit Amalric au majordome qui attendait, théière à la main.
-« De rien Messire, Dame Fomalhaut me paraissait être la personne de la situation ».
-« En effet, vous avez eu grandement raison ».
-« Qu'est-ce qui va en sortir » s'interrogea Amalric, regardant les trois œufs restants, qui jouaient sagement avec le bébé, sous l'œil attentif de Mara.
Un mois plus tard, les nœuds tombèrent, les coquilles se fendirent, laissant apparaître deux ravissantes licornes, une bleue, une blanche, qui vinrent aussitôt mettre leur nez dans la main de Cassia, pour se faire gratouiller, et un petit dragon bien vert, qui voleta un peu partout, avant de s'installer au coin du feu.
Par hauteclaire, Samedi 22 Mars 2008 à 08:47 GMT+2 dans contes (article, RSS)







