le sang et l'épée

Conte de Noël

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Conte de Noël sidéral.

 

-« Je te dis, Amalric, que nous sommes perdus ! Voilà deux fois que nous passons devant ce quasar, et franchement, je n'ai pas envie de tomber en panne de carburant dans ce coin désert ! »

Pas de réponse.

-« On ferait mieux de rentrer, ce n'est sûrement pas la bonne direction, et puis de toute façon, il va être trop tard ! ».

Pas de réponse.

-« Tu trouveras bien quelque chose à faire qui la décidera ! »

-« Arrête de râler, et regarde sur la carte. Et puis redonne-moi l'adresse exacte ».

Ylastair farfouilla dans la pile de papiers posée sur le tableau de bord pour en extraire un petit parchemin enluminé.

-« Voilà, je l'ai. Messire Sol Lucent. 19 allée Cassini. Et l'allée s'ouvre dans Galileo avenue ».

Amalric poussa un cri de triomphe :

-« Ca y est, je la vois ! C'est si mal indiqué que je ne l'avais pas vue la première fois »

Ylastair poussa un léger soupir de soulagement, alors que le petit vaisseau s'engageait dans la voie résidentielle enfin découverte. Modeste, mais coquette et bien tenue, il y avait des boites à messages pour chaque système desservi.

-« Tiens regarde » dit Amalric, après un moment passé en silence à suivre le chemin indiqué par la boite ?

-« Ca doit être lui »

Ylastair se pencha pour mieux voir qui se trouvait devant la proue du vaisseau. Un système de deux étoiles, une bleue, une rouge, suivi de huit planètes.

-« C'est bien ce que Edwy nous a dit, monsieur et madame Sol Lucent, animation en tout genre ».

Rien ne bougeait, tout était silencieux, à peine un léger vent solaire soufflant à un rythme régulier passai sur la coque.

-« Et en plus, ils dorment » Dit Ylastair

-« Nous n'allons pas être bien reçus. Partons, ça vaudra mieux ».

Amalric, têtu, fit avancer le vaisseau,  et risqua timidement :

-« Messire ... », puis plus fort : «  messire Sol ! »

Un grondement lui répondit, accompagné d'une éruption bleue, une voix rocailleuse et pâteuse emplit le cockpit :

-« Quoi, qu'est ce que c'est ? »

-« Euh, Messire, nous avons eu votre adresse par un ami, et nous voudrions vous avoir pour une animation un peu spéciale »  hasarda Amalric, incertain.

-« Non mais vous avez vu l'heure ! » répondit le soleil bleu,

-« On a pas idée de réveiller un honnête artisan en pleine nuit, surtout celle de Noël ! Vous allez me faire le plaisir de vous en aller tout de suite, et plus vite que ça ! »

-« Qu'est ce qui se passe » intervint une voix féminine, venant de l'étoile rouge,

-« Sol, qui sont ces gens ? »

-« Vous voyez ce que vous avez fait ! Vous avez aussi réveillé ma femme. Rendors toi ma douce, ils vont repartir très vite, ou je vais me fâcher »

Une série de taches noires apparut sur la surface brillante, annonciatrice d'une colère imminente.

-« Sol ! Calme-toi, de toute façon, je ne dormais qu'à moitié, en attendant que le petit revienne de sa virée avec la bande des comètes. Tu sais que je ne suis pas tranquille quand il sort avec ceux là. Demande leur plutôt ce qu'ils veulent ».

Une petite voix ensommeillée intervint alors :

-« Papa, Maman, c'est quoi ce bruit ? »

-« Ce n'est rien ma puce, retourne te coucher » fit doucement la voix de l'étoile.

-« Maman Estella va venir te border tout de suite. Ma dernière »  expliqua t-elle, pendant que la petite planète disparaissait, continuant son orbite.

-« Alors, que voulez-vous » fit Estella.

-« Et bien »  commença Amalric

-« Nous savons que Messire Sol fait les plus belles animations de tout se secteur, et j'ai vraiment besoin de lui tout de suite »

-« Tout de suite ! »  éructa Sol,  « vous ne manquez pas de toupet ! et la nuit de Noël ! et puis quoi encore ! »

-« Mais écoute-les voyons. Pour qui cette animation ? »  ajouta Estella.

-« Pour une jeune fille. Je voudrais faire ma demande en mariage cette nuit, et si vous ne voulez pas venir, je vais échouer »  répondit lamentablement Amalric.

-« Je vois »  fit Sol,  « encore une de ces pimbêches qui veulent qu'on leur décroche la lune. Vous feriez mieux de vous adresser à elle, encore qu'elle soit plutôt surbookée en ce moment. Mais au fait »  demanda t-il à Estella,

-« Où est-elle passée ? Je ne la vois pas ? »

-« Elle était fatiguée, elle s'est mise en face cachée ».

-« Cassia n'est pas une pimbêche »  protesta vivement Amalric,

-« C'est une jeune fille adorable, que j'aime de tout mon cœur »

-« Alors quoi ? Les parents ne sont pas d'accord ? »

-« Si, son père est content de m'avoir comme gendre, et sa mère aussi, mais... »

-« Mais quoi ? »

-« Elle ne veut pas sortir de chez elle pour que je lui fasse ma cour ».

Sol s'esclaffa :  « elle est donc si laide ? »

Un concert de protestation monta du cockpit :

-« Elle est jolie comme un cœur. Ses Yeux sont des saphirs, sa bouche... »

-« Ca va, ça va, j'ai compris. Alors quoi ? »

Il y eut un petit silence :

-« Elle est timide ».

-« Timide ??? » s'exclama Sol,

-« A notre époque ! Quand je vois ces starlettes, qui n'ont pas un milliard d'années, et qui se trémoussent toute honte bue pour attirer les jeunes comme mon fils dans leur orbite, timide !!! »

-« Mon fils est un garçon bien, qui ne se mettra en orbite qu'autour d'une étoile bien née » intervint dignement Estella.

-« Hum »  fit Sol, « continuez »

-« D'une timidité maladive. J'ai convaincu le plus beau sapin de la forêt de venir sous ses fenêtres pour la faire sortir, et lui faire ma demande près de lui. Sa mère me dit qu'elle le regarde toute la nuit en soupirant, mais rien de plus. Et il doit retourner à ses affaires demain après-midi. Alors, si vous pouviez venir vous installer à son sommet, je suis sûr qu'elle voudrait vous voir de plus près et sortirait enfin ».

-« Oh Sol » dit Estella,

-« C'est trop mignon ! Vas-y, après tout c'est Noël, vas aider les amoureux ! Tu te souviens de nous à cet âge !!! ».

-« Bon d'accord, ça va. C'est bien parce que c'est Noël. Pour le règlement, se sera en unités d'hélium ou d'hydrogène ? »

Un silence gêné répondit.

-« Ah parce qu'en plus, vous n'avez pas d'argent !! Vous les preux chevaliers, vous êtes tous pareils. Quand vous êtes amoureux, plus aucun sens des réalités ».

-« Ben, après l'achat de la bague, il ne me reste plus grand chose. Mais le mois prochain, je pourrais vous payer, promis ! »

-« Montrez voir un peu cette bague »  demanda Estella.

Amalric la sortit de sa poche ; et deux rayons lumineux traversèrent la vitre, venant frapper le bijou en plein. Le diamant brilla de tous ses feux, coloré en bleu et en rouge.

-« Mouais, pas mal » fit Sol.
-« Tu veux dire splendide » protesta Estella,
-« Elle a de la chance cette petite. Allez vas-y »
-« Ca m'ennuie de te laisser seule ».
-« Ca ne sera pas très long, et le gamin va être bientôt là avec ses copains. Tu sais comment ils sont, toujours bruyants et affamés. J'ai de quoi m'occuper ».

-« Allez, on y va »  fit Sol, « montrez  moi le chemin ».
Il se décrocha de son orbite, et traversa l'espace à la suite du vaisseau. Chemin faisant, ils croisèrent un groupe de comètes :
-« Dépêche-toi de rentrer »  hurla Sol, -« Ta mère t'attend ! »

Ils arrivèrent enfin en vue de la planète. Sol prit le temps de saluer courtoisement l'étoile mère, majestueuse dame d'un âge respectable, puis s'installa tout en haut du sapin resté en faction devant les fenêtres du château.

-« Vraiment heureux de vous voir »  fit celui-ci, « je ne savais plus quoi faire ! ».
-« A nous deux, nous allons bien arriver à la décider » répondit Sol.

Les rayons bleus illuminèrent la nuit, le sapin fit briller ses aiguilles du plus beau vert. Même les animaux sortirent de la forêt pour voir le spectacle, pendant qu'Amalric attendait au pied de l'arbre.
Enfin une porte s'ouvrit, et une jeune fille sortit, les yeux agrandis par la surprise. Elle s'avança jusqu'au pied de l'arbre, et laissa Amalric lui prendre la main, en rougissant.
Elle baissa les yeux sur la bague, rayonnante, et ne vit pas le clin d'œil échangé entre Sol et Amalric.

 

Gros bisous de l'espace!

 

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Conte de Nouvel an galactique

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Conte de nouvel an galactique.

 

- Quelle purée de poix ! On n'y voit pas à un million de kilomètres dans cette fichue nébuleuse »  fit Amalric, énervé

- Nous n'aurions jamais dû nous arrêter chez Sol et Estella avant de rentrer !

- Je veux absolument qu'ils viennent pour le baptême,  protesta Cassia,

- Et Estella est d'accord pour être la marraine !

Amalric hocha la tête, contrarié,

-On aurait pu les appeler de chez ton père. Avant notre mariage, tu ne voulais pas mettre le nez hors de chez toi, et depuis nous n'arrêtons plus ! J'ai parcouru plus d'unités astronomiques en un an, que dans toute ma vie !

Cassia lui fit un sourire tendre :

-J'ai tellement de bonheur à découvrir tous ces mondes avec toi.

Amalric ne put s'empêcher de sourire, tout en continuant à bougonner :

- Ce n'était quand même pas raisonnable, le bébé ne va pas tarder, et tu dois te reposer. Après la visite de cette planète, nous aurions dû rentrer directement. Elle n'était pas terrible d'ailleurs. L'agent immobilier avait beaucoup exagéré ses qualités, tu ne trouves pas ?

-Oui, soupira Cassia,

-Ce n'est pas encore là que nous allons nous établir.

-Nous trouverons bien un jour, répondit Amalric,

-« en attendant, sortons de ce nuage, et rentrons chez tes parents, ils nous attendent pour le dîner. Combien de temps encore, Audouin ?

Une voix digne, venant du siège de copilote, placé derrière les époux, répondit :

- Environ une heure Messire. Si je puis me permettre, Messire, transférez-moi les commandes, vous pourrez vous reposer, ainsi que Dame Cassia.

Amalric réprima un sourire. Le droide majordome de Cassia, qui était entré à son service alors qu'elle était toute petite, se comportait toujours en parfait homme du monde, cachant une efficacité à toute épreuve sous des dehors compassés. Il avait adopté une livrée stricte par dessus son revêtement métallique, noire avec de petites rayures, et se déplaçait avec une raideur toute protocolaire. Cassia l'adorait, et ne voyageait pas sans lui. Il transféra les commandes, et revint à sa femme pour constater sa pâleur subite et son visage crispé :

-Amalric !! et elle lui saisit la main, la serrant fortement.

-Oh non ! Pas maintenant ! répondit celui-ci

- J'en ai peur. Audouin, faites vite.  Dit-elle au droide.

- Je fais au mieux, Madame.

De fait le vaisseau prit un virage digne du plus grand pilote de courses  de SF (starformula) avec lequel Audouin aurait pu facilement rivaliser (vous savez, celui qui est cordonnier quand il ne pilote pas) et sortit du nuage pour se retrouver dans l'espace libre. Amalric poussa un petit soupir de soulagement, coupé net par le gémissement de Cassia.

-Je ne peux pas continuer, il faut atterrir !

Amalric commença de paniquer, se retournant vers Audouin :

-« Qu'allons-nous faire ? Nous sommes encore très loin ? Chérie reste calme !

- Je suis calme, mais j'ai mal.

- Je vois une petite planète droit devant, intervint Audouin,

- Je pense que nous pouvons atterrir et demander de l'aide, si vous voulez bien.

- Allez-y , lui dit Cassia.

- Bien Madame.

Le vaisseau plongea dans l'atmosphère de la planète, pour ce retrouver sous une couche de nuages épaisse et blanche. Quelques flocons voltigeaient, et le sol était enfoui sous un manteau neigeux lisse et dense.

-C'est l'hiver ici, dirait-on,  soupira Amalric, ça ne va pas faciliter l'atterrissage. Après le brouillard nébulaire, la tempête de neige !

Audouin cependant tenait la barre d'une main ferme, et ils approchèrent du sol, volant en rase motte, à la recherche d'une habitation. Une forme sombre, éclairée chichement, se profila au pied d'une petite montagne, à peine visible dans la nuit froide.

- Là, une maison !  s'écria Amalric

- J'ai vu Messire, je m'y dirige,  dit Audouin.

Quelques minutes plus tard, le vaisseau s'était posé à un petit kilomètre de la demeure pauvrement éclairée. Personne ne se manifesta, et le paysage restait immobile sous la neige.

- Audouin, restez près de Madame, je vais voir,  dit Amalric, débouclant sa ceinture. A ce moment, une ombre descendit, énorme, cachant le ciel devant eux. L'ombre se posa pesamment sur la neige, et se redressa, révélant des écailles vertes, des yeux dorés et une gueule ouverte sur une gorge rougeoyante.

L'instant d'après, une boule de feu venait frapper le cockpit.

- Un dragon ! s'exclama Amalric,

Il ne nous manquait plus que ça !. Bon, j'y vais.

- Messire, si vous voulez bien,  dit Audouin, je pense pouvoir arriver à lui parler.

Sans vraiment attendre de réponse, il sortit prestement, avant que Amalric puisse le retenir. Une flamme orange traversa la nuit, suivit d'un silence, puis d'un murmure de voix. Audouin revint  à bord du vaisseau, un long moment plus tard, portant une pièce de métal passablement tordue et noircie, où apparaissaient encore la trace des couleurs d'un blason.

- Mon écu !  rugit Amalric,

- Euh, vous n'avez rien Audouin ?  continua t-il d'un ton radouci

- Non Messire. Et je dois dire qu'après cette entrée en matière un peu excessive et tonitruante, nous avons pu nous comprendre. Maître Sigebert a été engagé pour garder le domaine qui avait subi des tentatives de brigandage voici plus d'un an. Il m'a avoué être très mal payé et désireux de changer de place, la planète étant sécurisée. Je lui ai conseillé d'aller se présenter de ma part à Dame dragonne Fomalhaut, qui vient de se séparer de son troisième époux. Leur union ne lui donnait plus satisfaction, ajouta t-il sur le ton de la confidence.

- Elle est la gouvernante de la maison de Messire Thibaut, et une très belle personne, je dois dire. Elle se sent un peu seule après cette séparation, et la place de majordome en chef est donc libre.

- Je connais Fomalhaut, intervint Cassia,

- Elle mène tout le château à la baguette depuis des années, même Sire Thibaut n'ose rien lui dire. Mais c'est un cœur d'or.

- Précisément Madame, reprit Audouin, Sigebert va donc nous accompagner jusqu'au manoir, puis ira préparer ses bagages. Par contre, il va nous falloir marcher un peu. Allez-vous pouvoir ? Je vais approcher le plus près possible.

Le vaisseau décolla, franchit une petite distance avant se poser non loin de la porte d'entrée.

Cassia, soutenue par Amalric et Audouin sortit dans la neige. Une voix basse retentit derrière eux :

- Je suis navré Madame, si je vous ai effrayée.

Cassia fit un petit sourire :

- Ce n'est pas grave Sigebert, vous faites votre travail.

- Merci Madame. Avec votre permission.

Un trait de feu passa devant eux, faisant fondre la neige, ouvrant un passage dégagé vers le perron.

- Merci Sigebert.

- C'est bien le moins Madame.

La porte s'ouvrit en grand, laissant apparaître un couple de droides un peu bedonnants, en livrée légèrement poussiéreuse pour lui, petit bonnet blanc et tablier coquet pour elle. Ils s'avancèrent, s'inclinant respectueusement :

-Nous sommes Hendry et Mara, les intendants, pour vous souhaiter la bienvenue.

Bien qu'un peu surpris, Amalric entra, soutenant toujours Cassia, Audouin à leur suite. Mara en la voyant leva les bras au ciel, faisant cliqueter ses rivets :

- Mon dieu, cette petite a besoin de repos. Venez Madame,  fit-elle avec sollicitude, la prenant par le bras, et la débarrassant de sa houppelande. Cassia se laissa conduire jusqu'à un fauteuil de repos près de la cheminée, où elle se laissa tomber avec reconnaissance, pendant que la gouvernante s'activait pour l'allonger, lui apporter des couvertures moelleuses et installer un large oreiller sous sa tête.

- Y a t-il un médecin près d'ici ? interrogea Amalric

- Dans le village derrière la montagne, répondit Hendry,

- Sigebert va y aller tout de suite.

- Ce n'est pas la peine,  fit la voix ensommeillée de Cassia,

- fausse alerte, c'est passé pour cette fois.

Elle s'endormit aussitôt, bien emmitouflée et enfoncée au creux de l'oreiller.

Amalric regarda autour de lui. Une table était dressée, brillante de couverts d'argent et de cristaux, reflétant la lumière du feu.

- Nous dérangeons sûrement vos maîtres, ils attendent du monde pour fêter la nouvelle année. Où sont-ils d'ailleurs ? Il faut que je les remercie de leur hospitalité.

- Les deux droides eurent l'air consterné, échangeant un regard.

- Nous pensions que vous étiez les nouveaux propriétaires,  dit Mara d'une petite voix,

Voilà plus de deux ans que nous sommes seuls, et nous commencions à désespérer.

- Comment ce fait-il ? demanda Amalric

- Les héritiers se disputaient le titre, et puis ils ont tout vendu à un agent.

- Vous avez dressé cette belle table pour nous ? Je suis désolé de vous avoir dérangé à ce point.

- Nous étions si heureux de vous recevoir,  fit Hendry, le ton un peu tremblant.

- Quand nous vous avons vus arriver avec Sigebert...

-  Amalric, dit Cassia, du fond de son oreiller,

- Appelle cet agent demain à première heure.

 

 

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Arborescence

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Il m'est arrivé une chose curieuse la semaine passée. A vous de juger quel sens lui donner.
J'étais partie juste après le travail, dès que la décence me l'avait permis, vers trois heures de l'après midi, pour aller en Normandie, répondant à l'invitation de mon amie de toujours, Liliane, et de son mari, qui venaient de finir la restauration de la maison achetée quelques mois auparavant. En fait de maison, les photographies envoyées par mail, m'avaient montré une construction ancienne, de celles que l'on qualifiait de gentilhommières à l'époque où elle avait été construite, c'est à dire au dix huitième siècle. Pas plus de deux étages pour un corps de bâtiment en carré, entourant un vaste espace intérieur transformé en jardin par les soins de Liliane, clos par une porte en ogive, flanquée de deux tourelles à toits pointus, le tout en pierres gris-blanc, courantes dans le pays.

Mes amis l'avaient rachetée au propriétaire précédent en assez mauvais état, et de nombreux corps de métier s'étaient succédés pour lui redonner son lustre, sans compter les efforts de Liliane et Jean pour de nombreux travaux. Ils voulaient donc pendre dignement la crémaillère, et les invitations avaient été lancées. Je devais les rejoindre, passer la nuit dans leur manoir, et comptais le jour suivant, le dimanche, pousser jusqu'à la côte pour voir la mer.
Il y avait bien longtemps que je n'avais respiré les eaux gris vert, et la vue saline de la Manche me manquait. Je voulais tâter des vagues, en un toucher violet de froid unique en son genre. C'est donc avec enthousiasme que je me mettais au volant, plein d'essence fait, un sac de voyage comme compagnon de route.

Paris pas encore trop encombré à cette heure fut vite traversé, tournant le dos à l'hôtel de Sens, la sortie et le périphérique se firent sans trop de difficultés, et je me retrouvais bien vite dans le flot des voitures du tronçon d'autoroute dans le sens province. Les banlieues tristes furent dépassées, sortie des Mureaux , attention aux contrôles de vitesse, fréquents à cet endroit,  la presque campagne, avec ses petits bourgs aux noms fleuris, et enfin tout à fait la campagne, émaillée de champs multicolores en ce début d'automne, comme bien peignés, dans un sens puis l'autre, par les sillons des engins agricoles.

J'entrouvais la vitre, respirant avec bonheur l'odeur verte de la nature, sensation oubliée dans l'air raréfié des bureaux de la capitale, où le sens olfactif se perd peu à peu au contact transparent de l'air conditionné.

Liliane m'avait envoyé un plan, des noms de villages à traverser avant d'arriver, le tout très étudié et précis, conclut par un : tu verras, « c'est très simple à trouver, la maison se voit de loin, tu n'as qu'à suivre la nationale, et tourner à ... »

C'était peut-être simple, sûrement même, mais il suffit d'un embranchement manqué pour se retrouver là où le plan s'arrête. Il y avait bien une forêt à traverser avant d'arriver à cette vaste étendue plate, où le manoir dressait ses murs, c'était prévu, ce qui l'était moins, c'était de tourner en rond, sur de petites routes, puis des chemins de terre, sans arriver à en sortir. De loin cette forêt m'avait paru un simple petit bois d'essences ordinaires, et non ce dédale feuillu, où résonnait le son sucré du chant d'un quelconque coucou.  Je finis par décider de retourner dans le sens inverse, pour tâcher de reprendre la bonne direction, et après une manœuvre périlleuse, je partais vers ce qui me semblait être la route que j'avais empruntée. Je ne fis que m'égarer davantage, et commençais à être vaguement inquiète, le jour déclinant doucement, le goût aigu de la peur s'infiltrant dans ma bouche soudain sèche.  Enfin, je pris un tournant qui devait me remettre sur la nationale, semblait-il, et là, je me retrouvais devant une voie à peine tracée, barrée par un panneau de sens interdit.

J'arrêtais le moteur, médusée par la présence de ce superbe panneau, flambant neuf, qui paraissait cligner de l'œil pour me narguer, planté au beau milieu d'un chemin inexistant. Quelle décision préfectorale ou autre non sens, avait bien pu ordonner une telle mise en place ? Du coup, je descendis de voiture, oubliant la prudence pour toucher du doigt l'improbable métal de ce digne représentant de l'ordre circulatoire. Je m'approchais, humant quelques minutes le bouquet sévère de la loi, essayant de deviner ce que le panneau interdisait. On ne voyait rien de plus qu'un chemin, se terminant en cul de sac sur des arbres impassibles.

A ce moment, j'entendis le son rouge sang d'un cor de chasse, et vis dans les fourrées l'éclair  musqué d'une robe brun roux, et les bois d'un cerf courant. Je n'avais aucune envie de me retrouver prise dans une chasse, aussi remontais-je précipitamment, pour me remettre en route. Cette fois la chance me sourit, et je finit par me retrouver à la nuit tombée, devant un feu de bois, répandant une senteur d'encens, racontant mon histoire à Liliane, un verre d'un vin de grand cru à la main, crémaillère obligeait, à l'arôme puissant et velouté, montant jusqu'à mes narines en volutes chaudes, comme molletonnées de saveurs,  pendant que les autres invités discutant, créaient un brouhaha joyeux.

« Quel panneau » s'est esclaffée Liliane, Je connais bien cette forêt, et elle est toute petite ! Personne n'aurait l'idée d'y mettre un panneau, pour interdire quoi ? Parisienne, qui ne sait pas se diriger hors de la ville »  me railla t-elle en riant.

Quant à une chasse à courre, dans ce mouchoir de poche, ce serait difficile. Ton fameux sens de l'orientation en a pris un coup aujourd'hui ! »

J'ai préféré ne pas insister, mais pendant la nuit, le panneau et sa couleur vive ont traversé mes rêves, me laissant un trait écarlate en mémoire.

 

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Eglogue

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« Eglogue »

La semaine dernière, le beau temps inespéré de cet fin d'automne sur Paris, doublé d'un jour de liberté,  m'ont poussée à une promenade un peu plus longue que de coutume, au long des rues tranquilles à cette heure de début d'après-midi. La flânerie a dirigé mes pas jusqu'au pont des arts, à la recherche assez vague des fantômes d'un mime et d'une fleur, perdus dans une foule en liesse, dansant et chantant sa joie autour de deux îlots de tristesse.

En fait de foule, le pont était à ce moment plutôt désert. Après avoir contemplé les tourbillons et les miroitements du fleuve pendant plusieurs minutes, je me suis retournée, m'adossant à la structure métallique du parapet, dentelle aérienne d'acier, ouvrage raffiné des temps présents et digne successeur de son ancêtre du moyen-âge, pour offrir mon visage aux rayons du soleil. J'en profitais pour regarder les rares passants, toujours curieuse de mes concitoyens, et de leurs apparences.

Une femme s'éloignait à enjambées pressées et longues, une écharpe de mousseline claire flottant autour d'elle, soulevée par la brise légère, fin nuage d'étoffe formant une traîne vaporeuse à la suite de sa propriétaire.
L'image amena un souvenir, qui vint se superposer au pont, comme un calque semi transparent, changeant la réalité du moment. Un décor sylvestre apparut, peint à grands coups de pinceau, des arbres, des fourrés, dans lequel trois ou quatre ballerines firent leur entrée. Les vers de la poésie solaire revinrent à ma mémoire instantanément :

-« Si clair leur incarnat léger.. »

répandant la chaleur d'une journée d'été brûlante, inondée de taches de soleil, tandis que la musique impressionniste déroulait ses ors suaves et sensuels, imprégnant chaque fibre du tableau immatériel.

-« qu'il voltige dans l'air.. »

Les danseuses survolaient la scène de leurs pieds nus et cambrés, enchaînant arabesques, attitudes et ports de bras en une chorégraphie élégante, à la grâce un peu surannée. Leurs longues robes blanches virevoltaient autour d'elles, se soulevant et retombant en plis ondoyants et souples, au rythme de la danse gracieuse et délicieusement désuète.
Survint le danseur, chassant et pourchassant, partenaire improbable car demeuré seul après la fuite des nymphes, se saisissant au vol d'un voile arraché, seul vestige de leur présence aérienne. La danse se fit terrienne, mâle et âpre, en poses suggestives et anguleuses, déroulant et enroulant l'étoffe arachnéenne autour du corps musclé et tendu, finissant dans une étreinte absente.

-«  ...Assoupi de sommeils touffus.. »

Une bourrasque fraîche, presque froide, me sortit de ma rêverie.
Il était temps de rentrer.

 

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St Valentin hold up (conte naïf)

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Tu veux vraiment aller braquer la bijouterie « prima star » Lance ?  interrogea pour la dixième fois le gros Dédé,

_c'est qu'elle est drôlement bien protégée !

_Protégée ou pas, je veux une pierre de lune pour offrir à ma femme cette Saint Valentin, et c'est là qu'il y a les plus maousses.

C'est notre premier anniversaire de mariage, et la mouflette aura un mois tout pile. Imagine si je n'offre rien à ma petite fée !

_ Elle est âpre au gain ta gisquette ?

_Pas du tout !  répliqua Lance, indigné,

et le pire c'est qu'elle ne dira rien. Elle sait que je l'aime, mais j'ai toute sa famille qui viendra, et je vois d'ici le visage de son père, si je ne sais pas organiser un honnête braquage pour un cadeau. Et sa mère, et ses tantes ! Elles ne se déplacent pas sans leurs vitrines personnelles. Déjà que l'alliance les avait déçu.

_Tu l'avais pourtant achetée à Léo le nerveux, le meilleur receleur de la ville ?

_Oui, avec le paternel qui surveillait par dessus mon épaule. Quel après-midi ! Et je ne pouvais pas prendre la plus grosse, alors...

_Il lui a donné des bijoux le paternel ?

_Bien sur, avec tous les coups qu'il a fait, il pourrait ouvrir une boutique remplie à ras bord de joncaille, mais je veux qu'elle porte le mien !

_C'est bon, on y va.

Un quart d'heure, deux portes blindées dûment crochetées, et une alarme débranchée plus tard, Lance et le gros Dédé, se déplaçaient en silence dans une pièce garnie de tapis épais, remplie de vitrines où étincelaient les pierres de lune et les étoiles filantes parures de front, dernier cri de la mode. Lance repéra la bague qu'il voulait, et s'attaqua à la serrure. Le verrou fit un claquement sec en s'ouvrant, qui réveilla les pierres en sursaut. Un concert de cris se fit entendre :

_Qu'est ce que c'est ?

_Un voleur, au secoooours !

_Mesdames, mesdames,  supplia Lance, je veux seulement emmener l'une de vous pour orner le doigt de ma charmante épouse.

Le désordre ne fit que s'accroître, les étoiles filantes ainsi libérées se ruant à l'attaque des deux intrus, pendant que les pierres de lune hurlaient à qui mieux mieux.
Des sifflets se firent entendre à l'extérieur, accompagnés de grondements bien reconnaissables :

_ Les droides gardiens et leurs molosses robots ! Filons ! dit  Dédé, en prenant ses jambes à son cou vers la sortie, suivi par Lance.

Les étoiles filantes retournèrent dans leurs écrins, près des pierres de lune :

_ Non, mais vous avez vu ces deux lourdauds ? s'exclama l'une d'elles,

_ Il voulait m'offrir à sa femme,  s'étranglait la pierre sur sa monture,

Quelle honte ! Moi qui suis promise à une dame de la haute société !

_ Calmez-vous, ils ne sont pas près de revenir, les molosses vont leur donner la chasse.

                                                    ********************

_ Tu crois qu'on les a semés ? fit Dédé hors d'haleine.

_ Ca fait trois fois que nous faisons le tour du quartier, ils sont loin maintenant. Je vais retourner dans cette satanée bijouterie et finir le travail.

_ Retourner ! Tu n'y pense pas !  Moi, je ne suis pas.
_ Allons Dédé...
_ Rien à faire. D'ailleurs il faut rentrer. Jo ne va pas pouvoir attendre indéfiniment avec les moteurs allumés sans attirer l'attention. Tu lui trouveras autre chose, à ta petite femme.

Les épaules de Lance s'affaissèrent, et il fit quelques pas à la suite de Dédé, quand un petit bruit les arrêta :

_ T'as entendu ? fit Dédé.
_ On dirait quelqu'un qui pleure. D'où ça vient ?

_ De par là,  répondit Lance,  
_ vers les containers de déchets.

Il souleva les couvercles les uns après les autres, et au dernier, dans le fond du container, trouva une toute petite étoile filante qui pleurait à chaudes larmes. Elle s'arrêta brusquement en le voyant, terrorisée.

_ Et bien petite, qu'est-ce que tu fais là ?  demanda Lance.
_ N'aie pas peur, je ne vais pas te faire de mal.

_ C'est le bi-bijoutier, répondit l'étoile entre deux sanglots,
_ Il m'a trouvée trop petite, et il m'a jetée ici.

_ Si c'est pas malheureux de voir des choses comme ça, grogna Dédé.
_ Et tes parents ?

_ Mon essaim a été dispersé en arrivant sur la planète. Celles qui ont survécus ont été vendues.

Lance réfléchissait rapidement :
_ Tu ne peux pas rester ici. Sors de là, tu vas venir à la maison. Quel âge as-tu ?
_ Juste un mois.
_Comme ma fille, tu pourras rester dans sa chambre et jouer avec elle. Allez sors.
L'étoile sortit du container, éclairant la moitié de la rue.
_ Tiens pose-toi dans cet écrin,  fit Lance, tu fais trop de lumière. Et ne pleure plus, tu mets des gouttes brillantes partout, tu vas nous faire repérer.

_ Qu'est ce que vous avez trouvé ? Fit Jo, curieux, en fermant les sas pour décoller.
_ Cette petite étoile, répondit Lance, en ouvrant l'écrin

_ Tout ce tintamarre pour cette demie portion ! Oh, ça va, j'ai rien dit, c'est pas la peine de pleurer petiote. D'ailleurs t'es d'une très belle couleur !
Lance la regarda pensivement :
_ C'est pourtant vrai, et elle va grossir rapidement. 

Le jour de la Saint Valentin, toute la famille admira l'étoile filante que la jeune épouse de Lance portait fièrement au front, petite mais d'un éclat admirable, sa mère eut même un sourire approbateur.

_ Finalement il n'est pas si mal ce Lance, fit-elle à son mari,
et la petite a l'air heureux. 
 La nuit venue, petite étoile, bien fatiguée d'avoir tant brillé, dormit profondément  dans l'écrin spécialement fabriqué par Lance, au dessus du berceau.
Lance reçut un des plus beaux baisers de sa vie d'époux.

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St Valentin Polar noir

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Aujourd'hui, c'est la St Valentin, et j'ai décoré la maison comme elle aimait la voir, tous les ans, le 14 février. Les ballons, en forme de cœur, une boite de bonbons qui l'attend. Qui l'attend comme je l'attends.  Peut-être va t-elle revenir ?

Depuis combien de temps est ce que j'attends son retour ? un an, des années ? Je ne sais plus.

Ici, dans ce coin de presque désert, le temps ne  s'écoule plus, il reste immuable, comme une vaste plage immobile. Le soleil se lève et se couche, c'est tout.
Autrefois, quand elle était là, le petit garage marchait bien, du monde passait sur cette route qui serpente entre les montagnes de la monument valley. Elle faisait la cuisine pour les routiers, je m'occupais des camions et des voitures, réparations et vente d'essence.
Tout allait bien jusqu'au jour où le chauffeur de ce camion est entré dans le petit bar.
Je l'ai suppliée de rester, sur tous les tons. Il ne pouvait rien lui apporter, et avait sûrement des tas de femmes qui l'attendaient un peu partout. Elle ne m'écoutait même plus, j'avais cessé d'exister pour elle, le garage et la vie simple étaient devenus trop étroits et sans intérêt.
Cette St Valentin là, j'avais voulu lui faire une surprise. Les ballons partout, multicolores, des fleurs, qu'un grossiste m'avait vendu de son chargement, et une bague, pour porter avec son alliance.
Je ne sais plus très bien ce qui est arrivé, seulement qu'elle n'a pas voulu prendre la bague, et qu'elle m'a rendu mon alliance. Après ? après elle n'était plus là. Un routier a du l'emmener rejoindre cet homme.
J'ai rangé les ballons, jeté ceux qui étaient crevés et tachés de rouge, j'ai fait mon travail, et ai répondu qu'elle était chez ses parents aux questions. Je ne sais pas où elle est, je ne l'ai jamais su.
Une nouvelle route a été construite, plus rapide, et maintenant il n'y a plus que quelques voitures égarées qui passent, et s'en vont le plein fait. La poussière a tout envahi, mais aujourd'hui j'ai fait le ménage, le plancher brille, et les ballons flottent dans l'air sec.
Il n'y a que son petit jardin que je n'ai pas touché. Je n'aime pas y aller, je n'aime pas cet endroit. Pourquoi, je ne sais pas. De drôles d'images me viennent quand je le regarde, elles n'ont pas de sens.

   Elle sera peut-être là ce soir ?

 

 

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Conte érotique de St Valentin

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animation angecreation

 

Puisque nous sommesdans la rubrique poésie et littérature érotique, voici, pour compléter ma trilogie, un conte des plus érotiques.

Je le présente donc en cache.

Attention pour public averti et majeur (même si le texte n'est pas très méchant)

lire la suite

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La pleine lune: conte d'angoisse

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La porte du sas d'entrée de la base était coincée, et après avoir vainement essayé de pousser et de forcer, Tom et le capitaine Schram firent reculer les deux autres membres de la petite équipe de secours, et dirigèrent les faisceaux de leurs lasers sur la fermeture pour la couper proprement. Il fallut encore venir à bout de l'ouverture qui refusait de bouger, et ils purent enfin entrer dans le complexe lunaire, vaste bâtiment entièrement dédié aux expériences en tout genre. La dernière équipe qui travaillait là n'avait plus donné de nouvelles depuis un mois, et les autorités de l'administration du satellite avaient finalement décidé d'envoyer ce groupe d'éclaireurs, pour tenter de comprendre ce qui se passait, et éventuellement de porter secours aux scientifiques, ou plus probablement de réparer leur équipement.

Il fallait bien reconnaître que cette base était plutôt isolée, toutes les autres étant regroupées du côté de la face visible, bien plus facile à investir, avec ces mers aux reliefs commodément plats. La face cachée était bien plus accidentée, en dehors des problèmes posés par l'obscurité et le froid. Le complexe avait été bâti pour débuter les études, en attendant les suivants, dans le cratère laissé par une météorite, cratère depuis lissé et aplani, comme beaucoup d'autres.  Schram n'aimait pas venir sur cette partie de la lune, sans repères terrestres, et sans aucune autre construction humaine. C'était tout autre chose dans la mer de la tranquillité,  il y avait du monde, du mouvement. Les bases communiquaient entre elles par un réseau de galeries couvertes et étanches, rassemblant les blocs purement scientifiques avec les bars, les centres commerciaux ou les quartiers d'habitations. Depuis cinquante ans que l'implantation avait commencée, les constructions avançaient bon train. Lui même habitait là depuis deux ans, avec sa femme, scientifique spécialiste en botanique. Il était fier de dire que, grâce à elle, les assiettes étaient bien garnies en légumes frais, venant des serres dont elle était responsable.

Les serres, comme toutes les installations, avaient besoin des panneaux solaires, et la face visible était entièrement colonisée. Les hommes avaient aussi du mal à quitter complètement la vue de la terre natale, et pour ces différentes  raisons, l'implantation ne faisait que débuter sur l'autre côté, timidement, bien que tout ait été cartographié et exploré. La base dark lunar project était la première de son genre, appelée à être rejointe par beaucoup d'autres.

Schram et Tom entrèrent les premiers, remettant leurs lasers à la ceinture, suivis par Jane et André, l'un portant sa valise de premiers soins, et l'autre le matériel de communications de secours, tout juste extraits de la petite navette de liaisons posée plus loin.

Il faisait sombre dans la base, tout était éteint, seules les lumières de veille marchaient, répandant leur éclat rougeâtre dans le couloir après le sas. Personne pour les accueillir. Schram avait espéré trouver les scientifiques immédiatement, sans doute un peu ennuyés d'avoir été coupés du reste de la planète pendant tout le mois, mais en bonne santé, désirant avant tout continuer leur travail. Le capitaine Carey, chef  récemment nommé, lui avait parut très capable, très bien formé malgré sa jeunesse et son absence l'ennuyait encore plus. Après vérification, ils ôtèrent leurs casques, puis leurs scaphandres, les suspendant aux emplacements prévus. L'air était froid, piquant, les thermostats avaient dû être baissés, mais la teneur en oxygène normale.

_ Vous ne trouvez pas qu'il y a une drôle d'odeur ici ?  demanda Schram,
_ Non, les  régénérateurs marchent normalement, et même plutôt fort,  répondit André, qui avait procédé à une vérification rapide des systèmes.
_ Qu'est ce que vous sentez ?
_ Je ne sais pas. C'est très ténu de toute façon. Probablement une fausse impression.
_ Où sont-ils tous ? demanda Jane, regardant autour d'elle.

Ils étaient arrivés dans la pièce centrale, à la fois centre de commande des systèmes internes, et carrefour, de nombreux couloirs menant au reste de la bâtisse. Pour le moment, avec Carey, il n'y avait que cinq personnes, tous des scientifiques. Il était prévu que d'autres viennent,  nombreux , accompagnés de colons volontaires pour une nouvelle aventure, d'où la grandeur de l'ensemble. Leurs voix résonnaient dans ce qui paraissait un espace vide, les laissant désorientés.

_ Vous êtes sûr qu'ils ne sont pas partis ? demanda Jane à voix basse.
_ Ce serait difficile sans leur véhicule resté dehors. Je l'ai vu en arrivant, fit André,

et pourquoi baissez-vous la voix ?

Jane ne répondit pas, alors que tous sentaient très bien l'atmosphère d'abandon  régnant  dans la salle de contrôle. Les veilleuses rouges projetaient des lueurs sanglantes sur les visages fermés, laissant des pans entiers de la pièce dans une pénombre aux reflets grenat.  Aucun être vivant ne se trouvait là, Schram en était sûr. Qu'était-il arrivé à ces gens ? Les trois autres commençaient à donner des signes de nervosité, même Tom, le géant, d'ordinaire si placide, tripotait son laser avec des doigts agités.

_ André, voulez-vous me remettre cette lumière en marche !
_ À vos ordres, capitaine.

L'éclairage revint, chassant les ombres, amenant une certaine détente parmi l'équipe.

_ Il faut les retrouver. Prenez chacun une direction. Les serres, les chambres, les labos, ils doivent bien être quelque part. Nous arrivons sûrement en retard, mais peut-être y a t-il encore une personne à sauver ?  fit Schram, sans conviction.
_ Allez-y, séparez vous, et n'hésitez pas à appeler, si vous avez besoin d'aide.
_ Capitaine, j'ai trouvé le journal de bord, fit André, dans son dos,
si vous voulez voir.

Schram fit le tour du bureau, et s'assit devant un très puissant  ordinateur :
_ Merci André.

L'homme fit un bref salut, puis ramassant son paquetage, se mit en devoir d'aller inspecter la galerie indiquée.  Schram resta seul devant l'écran, où s'affichait un dossier, page après page, compte rendu du capitaine Carey sur son exercice, pendant que les autres disparaissaient dans les couloirs.

Le fauteuil était confortable, et  Schram s'installa, attentif au moindre bruit.

Le silence était presque palpable, le moindre son rebondissait sur les parois pour s'éteindre aussitôt. Il crut saisir un mouvement du coin de l'œil, une ombre qui disparaissait dans le passage menant aux chambres, qu'avait emprunté Jane. Il tourna la tête rapidement, mais il n'y avait rien. Il revint à son écran, et commença à lire. Le récit était assez ennuyeux, juste le compte rendu des journées, des travaux effectués, renvoyant à d'autres pages pour les résultats des études. Carey n'était là que depuis sept semaines, et son journal n'était pas très épais. Schram s'aperçut qu'en fait il n'avait écrit que pendant trois semaines, et depuis le mois dernier, aucune entrée. Pourquoi ? Le dernier jour annoté était plus longuement commenté :

_ Ce soir c'est la pleine lune, du moins sur terre, car ici... ça ne fait pas grande différence avec les autres jours, si je puis dire, parlant de la face cachée. Ceux de la face visible peuvent avoir le spectacle inverse, une éclipse de soleil par la terre. Nettement moins spectaculaire mais intéressant quand même.
Donc ça ne sera pas la même chose, du moins je ne crois pas, enfin ça m'étonnerait. J'aime bien les nuits de pleine lune, elles me font rêver, voir les choses avec plus de netteté. J'en profiterais pour mettre mes dossiers à jour, et dormir tôt.

Je suis surpris d'avoir été choisi pour cette affectation, alors que je n'ai encore effectué aucun commandement, mais j'en suis ravi. Les scientifiques sont des gens charmants et tout se déroule à merveille. Si tout va bien, d'autres nous rejoindront un peu plus tard.
Le journal continuait sur deux ou trois lignes, puis :
_ Finalement, on dirait bien que c'est comme sur terre. Ca m'étonne beaucoup, mais c'est comme ça, il faut y aller.

Schram écarquilla les yeux pour lire la dernière ligne :

Ps : prochaine pleine lune le 21 février.

_ Le combien sommes-nous, demanda t-il à Tom qui revenait à grands pas.
_ Le 21, pourquoi ?
Le premier hurlement retentit, venu du fond de la base désertée. Schram reconnut subitement l'odeur si faiblement sentie.
Du sang.
Les lasers ne sont pas en argent.

 

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L'aube des temps:conte primitif

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La nuit était profonde, douce et parfumée, dans ce coin de la forêt où le groupe avait établi son campement. Elle avait donné son lait, et le petit, son petit, dormait tranquillement enroulé dans la peau du fauve à crinière. Elle était très fière de cette peau que le mâle dirigeant lui avait donné. Il l'avait tué pour elle et le petit, lui le seul à avoir le droit de s'accoupler avec elle, sa femme, même si le mot de femme lui était étranger. Pas de noms entre eux, pas encore, des sons de plus en plus précis, celui rauque et guttural de Urga revenait souvent pour la désigner. Elle décida confusément de le garder, précieusement.
Son statut avait changé depuis la naissance, devenant celui d'un membre du clan adulte, et cette nuit, pour la première fois, elle allait veiller sur ce qui ne devait jamais s'éteindre, qui donnait chaleur et faisait peur aux fauves. Ils l'avaient pris sur un arbre frappé par la lumière venue du ciel, et depuis bien des temps les femmes du clan devaient l'entretenir. C'était leur rôle, comme de donner la vie. Les hommes chassaient et protégeaient le clan, les femmes gardaient le feu, c'était ainsi, depuis toujours.
Il ne faudrait pas dormir, pas un instant. C'était difficile, mais Urga était sûre d'y arriver, car elle se sentait excitée par la nouvelle responsabilité et l'honneur. Les autres dormaient, quelques hommes étaient partis chasser. Si quelque chose se passait, elle devrait alerter ceux qui restaient pour qu'ils prennent les armes de pierres tranchantes posées à côté d'eux. La sécurité du camp dépendait d'Urga, et elle ne faiblirai pas.
Veiller sur le feu, sur le camp, et sur la divinité. Elle brillait un peu plus loin, dans le cercle de pierres disposées autour d'elle, rouge, embaumant l'air. Personne n'en avait jamais vu d'autre ainsi, et tant que la fleur resterait droite, la tribu serait en sécurité près d'elle.
Depuis plusieurs jours Urga en la voyant sentait un désir en elle, imprécis et vague. Elle avait toujours vu les hommes tailler les éclats durs pour en faire des armes, et avait appris aussi, comme toutes. Pourtant c'était différent. Le matin, elle avait trouvé une belle roche, avec une surface dure et plate. Pas bonne pour les armes, mais si belle, qu'Urga avait commencé à tailler l'image de la fleur.
Une idée se précisa, Urga prit un morceau de bois calciné dans le foyer, et commença à tracer des signes sous l'image, pour dire son nom et celui de la divinité.

                                                          *****************

Qu'est-ce que j'étais venu faire là, moi le petit mécano modeste de la banlieue de Paris ? Je me trouvais en plein désert, en panne de voiture, et pas un chat, ou plutôt un chameau à l'horizon. Je voulais être seul pour réfléchir, et en fait de solitude j'étais servi ! Aucune peur pourtant, et même un extraordinaire bien être.

Comment cela avait-il commencé ?
Le sentiment de solitude je l'avais ressenti dans cette petite rue en allant chez la voyante. Après le divorce, la séparation des biens, la vente de mon petit garage, le chômage depuis six mois, j'étais lessivé, sans espoir. Le copain m'avait dit :
_ Vas la voir ! elle est vraiment étonnante. Moi, elle m'a aidé à m'en sortir en me disant quel était le bon choix.

Je n'y croyais pas, mais j'y suis allé. En sortant d'un rer tardif et déserté, les rues à peine éclairées m'avaient presque décidé à retourner sur mes pas. J'avais quand même poursuivi, longeant les terrains vagues, sans vouloir tourner la tête en entendant les glissements derrière les planches disjointes. En arrivant chez la voyante, Irma bien sûr, j'ai été découragé par l'aspect de fausse bohémienne de la femme, enveloppée de tissus bariolés, les cheveux teints en noir, et le teint hâlé par une couche épaisse de maquillage. Je me suis assis à la table devant les cartes, et là j'ai vu les yeux, clairs, brillants et perçants. Irma devait être plus jeune qu'elle ne le paraissait au premier abord.

Elle a étalé le tarot, m'a fait choisir les cartes, les a interprétées d'un ton égal, sans relief, les mots coulaient sur moi sans rester. Puis elle m'a fixé :
_ Au voyage d'orient, près de la montagne qui glisse, viendra la révélation, tu sauras le sens de ta vie, et la paix reviendra en toi.
_Pardon ?
Elle avait repris son ton morne, parlant voyage, amour, tout ce qu'on dit dans ces moments là.

J'étais déçu, j'avais payé la petite somme, et j'étais rentré, le bruit de mes pas résonnant dans ce désert urbain. Peu après on m'avait proposé un boulot de mécano dans un raid, dans le désert, le vrai. C'était mieux que rien, et ça me changerait peut-être les idées, j'avais accepté. Tout se déroulait bien, jusqu'à ce soir. Je devais rejoindre le campement, rien de bien compliqué, mais j'étais tombé en panne. Heureusement, j'avais de l'eau et de quoi manger. Ne jamais s'éloigner de la voiture, c'est la consigne. J'allais donc passer la nuit là, mais je voulais fumer une cigarette avant d'essayer de dormir. J'avais un peu marché sur le sable rouge. Dire que des forêts luxuriantes avaient poussé ici ! Les fresques que j'avais vues en témoignaient, comme l'essence des voitures que je réparais. J'ai contourné une dune, haute et majestueuse, et là, la surprise, le choc de ma vie. Une construction s'élevait, une sorte de haute tour, comme celles que l'on voit en Sardaigne, comment déjà, des nuraghes, c'était ça.
Mais ici, au milieu de nulle part ! Des bribes de livres de classe me sont revenues, il y était question d'une civilisation engloutie, d'Hérodote, de gens qui l'auraient rebâtie dans le désert. L'histoire m'avait plu, très romanesque. Je me suis approché, au mépris de toute prudence. En fait, c'était plutôt un mur circulaire, surélevé couches après couches. La dune l'avait peut-être remis au jour en glissant ? J'ai fait le tour. Les pierres étaient ajustées assez grossièrement, mais elles tenaient, et tiendraient encore longtemps. Ils y avait des dessins, des décors un peu partout. L'une d'elles attira mon attention, car elle semblait placée en un point central, on aurait dit que toutes les autres avaient été disposées autour. Un peu malhabile, une main avait gravé une fleur, et tracé en dessous des signes. Une ébauche de langage écrit, sûrement très ancien, mais je n'y connais rien.

Je suis arrivé à l'ouverture, et là je l'ai vue.
Une fleur, la plus incroyable que j'ai jamais contemplée, rouge, droite et orgueilleuse. Comment pouvait-elle pousser dans ce désert ? Une source peut-être, hors de vue sous le sable ? Je me suis assis là, à la regarder, pendant que la lune se levait, transformant le paysage en un royaume d'argent, et je suis resté jusqu'au matin, sans presque bouger, devant ce miracle de beauté et de sérénité. Oubliées l'agitation et l'angoisse du lendemain. Oubliés la peur et le vide.

L'aube s'est levée, j'ai senti que je devais retourner dans le monde des humains. La voiture n'avait pas bougé, et dix minutes après une moto éclaireuse m'a rejoint.

_Tu vas bien ? La nuit n'était pas trop dure ?
_Non, ça va.
_Allez monte, la remorque viendra plus tard, avec des outils.

Irma avait vu juste.
Je suis rentré à Paris, et depuis les choses s'améliorent doucement. J'ai retrouvé une bonne place, la patronne du resto voisin me sourit avec entrain, et surtout je n'ai plus peur. La fleur est restée en moi, calme et immuable. Je la vois chaque fois qu'il le faut.
Je n'ai rien dit de ma découverte. Peut-être que le mur et sa fleur n'apparaissent que pour ceux qui en ont vraiment besoin ?

 

                                                     ***************************

J'ai écrit ce conte pour l'atelier N°3 de Rimmel  ne manquez pas d'y lire les autres textes.

                                                                          atelier 3

 

 

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La piscine: conte étrange

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Il arrive parfois des choses étranges, jugez-en :

C'était pendant le mois d'Août dernier, je faisais le trajet de Paris vers la côte d'azur en voiture. Il ne s'agissait pas de vacances, mais bien d'une obligation professionnelle, et j'avais préféré prendre ladite voiture, devant me déplacer beaucoup une fois arrivée. Mal m'en avait pris ! La chaleur était accablante, et la climatisation de mon vieux tacot avait rendu l'âme en cours de route. Je roulais donc toutes fenêtres ouvertes, sans grand résultat ni réel soulagement . Je suis passée un peu par hasard par la petite ville de R... avec dans l'idée de m'arrêter à une terrasse de café ombragée, pour commander un rafraîchissement ou une glace, et me reposer un peu.

La petite ville était complètement assoupie sous la chaleur, en ce début d'après-midi. Personne dans les rues, pas un café, restaurant ou même simple bistrot d'ouvert. Le seul être vivant que je vis, était un chien qui faisait sa promenade tout seul, et se hâtait vers une porte entrebâillée. Je commençais à être vraiment fatiguée, et envisageait sérieusement de me garer sous un grand marronnier pour souffler un peu, quand passant dans une petite rue, j'avisais l'entrée d'une piscine, dont la porte était largement ouverte, sur l'intérieur de ce qui me parut une ombre délicieuse.

Pourquoi pas ? L'idée de l'eau où tremper mon corps surchauffé me fit un effet irrésistible, et puisque j'avais un maillot dans le cas improbable où j'aurais le temps d'aller à la plage, je ne résistais pas plus longtemps.
Je me garais un peu plus loin dans la rue, et descendis de voiture. Rue était d'ailleurs un bien grand mot, il s'agissait plutôt d'un passage entre deux rues, sans aucun autre édifice que la piscine, bordé des deux côtés de fleurs qui éclataient de couleurs sous le soleil. Mon sac à l'épaule, mon maillot, un bonnet et une serviette dans une besace, je me dépêchais de rentrer.
Le hall me fit l'effet d'une renaissance, il y faisait sombre et frais, les décorations de céramique représentant des sirènes nageant, du plus beau style art déco, tout comme la façade, me ravirent. À la caisse, un homme d'âge moyen lisait un journal dont je ne reconnus pas le titre. Il était en chemise blanche, avec un gilet soigneusement boutonné malgré la chaleur, et portait de superbes moustaches en guidon de vélo. Il me fit un bonjour poli en me vendant mon ticket d'entrée, et retourna bien vite à son journal.
Je me dirigeais vers les vestiaires, montant un escalier à la rampe tarabiscotée, et me retrouvais en hauteur, au dessus du bassin, les cabines étant situées sur une sorte de mezzanine. Je ne m'étais pas trompée, la piscine était tout entière d'architecture années folles, un vrai bijou d'époque , comme on en rencontre encore de temps en temps. Je pris le temps de regarder l'eau, m'accoudant à la rambarde de fer forgé ouvragée. Il y avait très peu de monde, un homme faisait des longueurs dans un style souple, trois enfants jouaient tranquillement dans le petit bain, sous la surveillance d'une femme. Un autre homme exécuta un impeccable plongeon, qui ne fit presque aucune éclaboussure. Un maître nageur, en pantalon et polo blanc regardait la scène, assis près du bord. Le silence était remarquable, personne ne parlait, les enfants barbotaient en silence, la femme assise au bord, faisait aller et venir ses pieds dans l'eau, doucement. Je remarquais son maillot, de ceux qui reviennent à la mode, une pièce, descendant sur les cuisses, de couleur foncée.
Un jeune homme dans le même uniforme blanc, vint vers moi, avec un sourire, m'ouvrit une cabine, m'en donna la clef, reçut mon pourboire avec un petit salut, avant de repartir à ses affaires derrière une porte où le mot « personnel » était écrit en grand.
Je me déshabillais rapidement, suspendant mes affaires au porte-manteau, laissant mon sac sur le petit banc, et descendit vers le bassin. La douche me fit déjà un bien inouï et je me retrouvais devant l'échelle du petit bain pleine d'entrain. Nous échangeâmes un petit sourire avec la jeune femme et je me mis à l'eau avec précaution. Elle était fraîche après tant de chaleur, il me fallut quelques pas avant de me plonger, et de commencer à nager. Je ne suis pas une grande nageuse, mais je me défends, et j'enchaînais les longueurs de brasse pendant un bon moment, sans forcer, en m'étirant bien. La longueur du bassin était de trente trois mètres, dimension abandonnée dans les constructions modernes, pour une profondeur de trois mètres au plus. L'eau était remarquablement pure et douce, et le tout baigné d'une lumière un peu verte venant de fenêtres aux vitres ornées de grandes fleurs, comme des vitraux .
Un coup d'œil à l'horloge suspendue au plafond me fit reprendre conscience des réalités, et je dus à regret sortir de l'eau, me rhabiller et quitter cet endroit si agréable. Le caissier leva le nez de son journal en me voyant passer, me faisant un signe de tête, avant de reprendre sa lecture.

 Je me sentais fraîche et reposée en ressortant dans la fournaise, impression qui ne me quitta pas quand je me mis au volant. J'avais laissé la voiture sous un arbre, et il y faisait relativement bon. Je m'appuyais au dossier, fermant les yeux un instant, pour les rouvrir une demie heure plus tard, d'après le tableau de bord. Je maugréais contre moi-même en mettant le contact pour reprendre la route, et le voyage se déroula bien, quoique en retard.

Une semaine après, mes affaires réglées, je retournais vers Paris, et passait à nouveau par R.. avec l'idée bien arrêtée de retourner me baigner dans cette adorable piscine, ayant tout le temps devant moi cette fois-ci. Il faisait toujours beau mais moins chaud, et j'arrivais en fin d'après-midi. Il y avait du monde dans les rues, des gens qui vaquaient à leurs occupations, rentrant et sortant de magasins, bureaux et cafés bien ouverts ce jour là. Je ne sais pas comment je m'y pris, impossible de retrouver le passage ! Je finis par en avoir assez de tourner en rond, et m'arrêtais devant un fleuriste pour me renseigner. La propriétaire écouta ma demande avec un air concentré puis surpris :

-« La piscine art déco ? Vous devez faire erreur, il n'y a rien de ce genre ici ! La piscine municipale est par là... »
Je l'arrêtais au milieu de sa phrase, insistant sur ma description qui amena une expression très perplexe sur son visage :
-« Il y a bien un bâtiment de ce genre, mais il est fermé depuis plus de dix ans. Les promoteurs se battent pour le récupérer, et en faire des immeubles, mais plusieurs associations s'y opposent, et l'ont fait classer aux monuments historiques. Résultat, il est à l'abandon, et la piscine se dégrade paraît-il. C'est très dommage. Vous devez confondre avec une autre petite ville comme la nôtre »  conclu t-elle, souriante.
Je ne savais plus que croire en retournant à la voiture. Je m'étais endormie ce jour là, aurais-je tout rêvé ? À l'arrivée mon maillot était parfaitement sec, mais avec la chaleur, ce n'était pas étonnant. La fleuriste m'avait quand même indiqué le chemin, et je retrouvais enfin le passage. Le soleil ne l'éclairait plus à cette heure tardive, et les planches qui barraient la porte n'avaient rien d'accueillant. Etonnant de voir ce que fatigue et chaleur combinées peuvent suggérer comme rêve !
Un peu triste, je repartis vers la capitale. En arrivant, selon mon habitude, je rentrais dans ma librairie, pour prendre le journal, et comme d'habitude, mon porte monnaie se cachait au fond de ce capharnaüm que je nomme sac à main. En fouillant pour le rattraper mes doigts se sont refermés sur un petit carton rectangulaire. Saisie d'un pressentiment, je le remontais à la surface. Le ticket d'entrée de la piscine ! Je louchais pour lire la date :

Dix août 1930.

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Conte de Pâques: La livraison

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Amalric et Cassia prenaient tranquillement le thé servi par Audouin, accompagné des petits gâteaux préparés avec soin par Mara, la cuisinière. Le droide majordome, vêtu de sa livré à rayures, son maintien empreint de sa dignité coutumière, attendait près de la table, afin de savoir si ses maîtres avaient encore besoin de quelque chose. Mara avait fait une apparition rapide, apportant une assiette supplémentaire de friandises, ravie de voir le bon accueil qui leur était réservé par le jeune couple.

-« Désirez-vous encore un peu de thé, Madame ? »  demanda Audouin de son ton le plus cérémonieux.
-« Merci Audouin, ce sera tout »  répondit Cassia, pendant que Amalric faisait un petit geste de dénégation.

Le droide s'inclina, desservant le plateau, pendant que Cassia se laissait aller dans le fond de son fauteuil de repos, poussant un soupir de contentement :
-« Je crois que je ne vais pas dîner ce soir. Avec tous les gâteaux de Mara que j'ai mangé, je ne pourrai rien avaler de plus ! »
Amalric n'était pas beaucoup plus dynamique :
-«  Je suis de ton avis. Je crois même que je vais faire une petite sieste. Elle s'est surpassée, et elle s'occupe tellement bien de la petite ».

Cassia eut un sourire attendri en regardant le bébé dans son berceau :

-« Depuis six mois que nous sommes arrivés, et la naissance, je n'ai pas regretté une fois de m'être installée ici. Mara et Hendry sont des amours de droides, leur service est parfait, et j'ai du soutien pour le bébé. Que demander de plus ! ».
-« Quant à Audouin, il m'aide énormément en tout ! »  reprit Amalric,
«  bien qu'il soit depuis toujours à ton service ».

La jeune femme acquiesça, sans parler davantage, se laissant doucement glisser vers le sommeil. Amalric se tut, regardant par la croisée le paysage un peu nu de cette fin de semaine,

Il faisait plutôt  frais, mais le temps était beau, le soleil de ce milieu d'après-midi brillait dans un ciel bleu, limpide comme du cristal.
Amalric ferma les yeux à son tour, savourant le silence.

-« Amalric, qu'est-ce que c'est que ce bruit ? »

Il avait dû somnoler, car la question le fit sursauter.

-« Tu dis ? »
-« Ecoute ça, qu'est-ce que c'est ? »  répéta Cassia, redressée dans son fauteuil.

Amalric tendit l'oreille, et entendit un bruit qui se précisait d'instant en instant. Un bruit soyeux, un peu lourd et répétitif.
-« On dirait un oiseau »  répondit finalement le jeune homme,
-« Oui mais alors un oiseau géant ! » constata Cassia.

Elle s'apprêtait à ajouter quelque chose, quand le son d'un choc sourd arrêtèrent les mots sur ses lèvres. La maison en fut tout ébranlée, et même les cristaux du lustre tintèrent, pendant que les assiettes décoratives vibraient dans leurs vitrines. Amalric bondit sur ses pieds, appelant :

-« Audouin ! ».

sans obtenir de réponse. Il se dirigea vers la porte, Mara ressortie de sa cuisine en toute hâte sur ses talons. Audouin apparu à ce moment, flanqué d'Hendry, tous deux venants de l'exterieur.
-« Monsieur, je crois que vous devriez venir voir » Fit Audouin, impassible.
-« Ne bougez pas, toutes les deux » dit Amalric à Cassia et Mara.

Puis il sortit à la suite de Audouin et Hendry.

Le spectacle qui l'attendait dans le jardin le cloua sur place : une énorme cloche avait atterri sur le gazon bien entretenu par les soins attentifs de Hendry, qui se lamentait déjà des dégâts occasionnés. Elle avait de très grandes ailes, justifiées par sa taille, une belle couleur dorée, et l'air assez affairé :

-« Messire Amalric et Dame Cassia, DING ? » demanda t-elle, d'une voix retentissante.
-« Euh, oui, c'est bien ici »  répondit Amalric, incertain.
-« J'ai une livraison pour vous, DONG »  reprit la cloche.
-« De la part de Dame Chloé ».
-« Ma tante Chloé » fit Cassia, dans le dos de son mari.

Amalric sentit un frisson courir le long de son dos. Chloé, excellente femme, qui adorait Cassia, n'avait pas son pareil pour les cadeaux extravagants, dont personnes  ne savait quoi faire. Qu'avait-elle pu inventer cette fois ?

Une petite porte s'ouvrit dans la base de la cloche, une rampe descendit, Amalric et Cassia retinrent leur souffle, pressentant la catastrophe imminente. Le résultat fut à la hauteur de leur crainte. Une quarantaine d'œufs multicolores, ornés de rubans bariolés, dévalèrent la rampe d'accès en hurlant à qui mieux mieux, pour se répandre dans le jardin, et foncer vers la porte de la maison restée ouverte. Amalric tenta de protester faiblement :
-« Il y a sûrement une erreur ! Il ne peut pas y en avoir tant pour nous ».

La cloche eut un mouvement de contrariété :
-« Non, DING, je devais bien livrer quarante œufs surprise à cette adresse. La sûreté de nos expéditions fait la réputation de notre maison, DONG . Si vous voulez bien vérifier l'état de la livraison et me signer le bon».

Un petit robot porteur d'un parchemin reçus et d'une plume dans un plateau sortit à son tour, pour se présenter devant Amalric. Celui-ci, vaincu, signa rapidement, les œufs s'étant déjà égaillés, toute vérification était impossible. Leur forme paraissait d'ailleurs incontestable.
La cloche remercia dignement, et le robot rentré, reprit son vol, disparaissant dans le ciel, vers l'espace et d'autres livraisons.
Amalric reprit le chemin de la maison en courant, ramassant au passage un œuf jaune qui braillait à cause de sa coquille fêlée par un congénère offensif.

Le reste de l'après-midi et le début de soirée furent un vrai combat pour maintenir un semblant d'ordre. Rassembler les œufs répandus dans les jardins voisins, calmer les propriétaires mécontents de voir leurs fleurs bousculées et abîmées. Mettre les objets fragiles hors de portée, les faire sortir de la chambre conjugale, où Cassia en avait retrouvé une bonne quinzaine occupée à sauter sur l'édredon. Mara de son côté, passa son temps dans la cuisine pour faire une sorte de colle maison, à base de blanc, et réparer les coquilles ébréchées. La nuit était bien avancée, quand enfin les œufs rassemblés dans la chambre d'amis, disposés sur le lit, acceptèrent de s'endormir, laissant Cassia et Amalric épuisés. Le bébé, indifférent à toute cette agitation, dormait depuis longtemps à poing fermé, trois œufs, un rose, un vert, un bleu, installés à ses pieds. Cassia se sentit fondre en les voyant :

-« Regarde Amalric, c'est trop mignon ! ».

-« Nous ne pouvons pas les garder »  répondit celui-ci, catégorique,
-« Ils vont grandir et éclore. Imagine que ce soit des griffons ! ».

Cassia eut une petite moue de déception :
-« Même pas ceux-ci ? »
-« Bon, si tu veux, ils ont l'air calme. Avec ceux que les voisins ont adoptés, il en reste une trentaine, qu'allons-nous en faire ? ».

-« Nous verrons demain. Moi je suis trop fatiguée pour réfléchir ! ».

Quelques trop courtes heures plus tard, les deux époux furent tirés de leur sommeil par un brouhaha venant de la chambre d'amis, se transformant rapidement en cohue. Quelqu'un,

Audouin sans doute, vint leur ouvrir, et la horde se précipita dans le jardin en clamant son enthousiasme. Amalric repoussa les couvertures, pendant que Cassia allait s'occuper de sa fille. Les trois dans le berceau restèrent bien sages, pendant qu'elle s'apprêtait à la faire manger. Une grosse voix venue du dehors, les cloua sur place :

-« Qu'est-ce que c'est que ces chenapans ! Voulez-vous bien venir ici ».

-« Fomalhaut ! »  s'exclama Cassia, enfilant à toute vitesse sa robe de chambre.

Amalric la suivit, se demandant par quelle catastrophe la journée allait commencer. Cassia était déjà près d'une dragonne majestueuse, aux écailles d'un beau vert bleuté, avec une petite coiffe de gouvernante coquettement posée sur sa tête. Fomalhaut dirigeait depuis de nombreuses années le château de sire Thibault avec une autorité incontestée, et Cassia la connaissait depuis toute petite. La dragonne baissa la tête pour que la jeune femme puisse déposer un baiser sur son nez :

-« Bonjour ma petite » puis la regardant avec acuité :
-« La maternité te va bien, tu es resplendissante ». puis revenant aux œufs, rassemblés autour d'elle, étonnement silencieux :
-« En rang par deux, vous allez me faire le plaisir de vous installer dans ces paniers, et sans discussion ! ».

Amalric s'approcha, salué par la dragonne :

-« Messire Amalric. Audouin m'a prévenue hier de votre embarras. Ces garnements feront le bonheur des nombreux enfants du voisinage du château ».
-« J'en garde trois » intervint Cassia,
-« Et quelques uns ont été adoptés »  poursuivit Amalric.

Après quelques effusions avec Cassia, la dragonne remonta dans sa navette, emportant les paniers avec elle, et les deux époux retournèrent à pas lents dans la maison, savourant le silence revenu.

-« Merci Audouin » dit Amalric au majordome qui attendait, théière à la main.
-« De rien Messire, Dame Fomalhaut me paraissait être la personne de la situation ».
-« En effet, vous avez eu grandement raison ».

-« Qu'est-ce qui va en sortir »  s'interrogea Amalric, regardant les trois œufs restants, qui jouaient sagement avec le bébé, sous l'œil attentif de Mara.

Un mois plus tard, les nœuds tombèrent, les coquilles se fendirent, laissant apparaître deux ravissantes licornes, une bleue, une blanche, qui vinrent aussitôt mettre leur nez dans la main de Cassia, pour se faire gratouiller, et un petit dragon bien vert, qui voleta un peu partout, avant de s'installer au coin du feu.

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Le dernier secret de Barbe bleue

 

 

J’écris, je dois écrire, pas pour être lue, non. Pour soulager ma conscience, et sauver le peu de raison qui me reste, peut-être, bien que je n’en ai guère l’espoir .

J’ai demandé du papier, de quoi écrire, on m’a apporté ce que je demandais, avec un regard de curiosité. Je sais ce qu’ils se demandent, que peut-elle bien écrire, ses souvenirs ? La pauvre a tellement souffert. Ils n’ont aucune idée de ce que j’endure.
Mon nom ? Certains m’ont appelée Judith, d’autres Mélisande, que sais-je encore. Cela n’a aucune importance, ce qui compte, ce qui a toujours compté, c’est lui, mon mari, que l’on nommait Barbe-bleue.
Dès que je l’ai vu, à cette fête que donnais des amis communs, j’ai su. Su qu’il était tout ce que je voulais, le seul que j’aimerais jamais, le seul que j’avais attendu. Ses cheveux et ce fin collier de barbe si noirs, les yeux d’eau et la peau pâle, trahissaient les lointaines origines celtes. Il était si beau…Mais j’aurais dû voir l’ombre dans le regard quand nous dansions ensemble. Je n’ai rien vu, et dès la nuit venue, je parcourais les couloirs silencieux et déserts de la demeure pour le rejoindre. J’ai été tout de suite sa maîtresse, moi la jeune fille timide, j’ai osé entrer dans son lit sans qu’il ait rien demandé. Il m’a aimé, avec une sorte de passion désespérée, et j’en ai été éblouie quand j’aurais dû fuir.
J’ai bravé mon père, qui ne voulait pas d’un veuf comme gendre. J’ai ignoré mes frères, qui le haïssaient. J’ai ri devant les larmes de ma sœur, et je suis partie avec lui, mon époux, dans son château.
Ce château je l’ai détesté immédiatement, sombre, sinistre, comme une tombe. Mais il y vivait, je n’ai rien dit, et j’ai essayé de le rendre plus clair, plus lumineux, en vain. Toutes les nuits il les passait près de moi, m’étourdissant de caresses, tous les matins il était plus distant. Il partait des journées entières, ou bien s’enfermait dans cette pièce, où personne n’entrait. Il était bon et doux, j’avais tout ce que je pouvais désirer, et il n’a jamais levé la main sur moi, mais je voulais plus.
Un jour encore il est parti, et j’ai pris la clé que j’avais volée et fait copier. Je suis entrée dans cette pièce où il restait des heures, et là j’ai compris.

Une chambre éclatante, tournée vers l’air et la lumière, tout le contraire de ce que je connaissais de ce château. Une oasis de soleil dans les ténèbres. La chambre d’une femme, d’une épouse tendrement aimée, et dont le souvenir serait à jamais celui de son seul amour. Tout ce que je ne pouvais avoir de lui.
Dès lors il était facile de mentir à mon père, de faire croire l’impossible à mes frères. Il n’a rien fait pour éviter le poignard, et en tombant, il avait un sourire presque heureux qu’il n’avait jamais eu pour moi.
Mes frères ont pris pour du soulagement les larmes de rage que j’ai versé devant ce sourire.

Depuis je vis moi aussi dans le souvenir. Le souvenir de celui que j’aurais pu garder, même s’il ne m’aimait pas. J’aurais pu aimer pour deux, et je n’ai pas compris.
Le château a été détruit, mais je continue à marcher dans ses couloirs, en esprit, à la recherche d’une ombre, et je la chercherai tout le temps qui me reste à vivre.

 

 

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