le sang et l'épée

Cyril le petit dragon:conte web naïf

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Le petit dragon triste.

Cyril, le petit dragon, était bien triste de voir son château dans cet état. Lui, si beau, et si fier, voyait maintenant ses tours et ses murs pencher lamentablement, sur le point de s'écrouler. Cyril connaissait la raison de ce délabrement, et ne pouvait rien y faire. C'était bien simple, le livre dans lequel ils étaient tous deux, une très belle édition de contes et légendes, dont lui Cyril était le narrateur, restait fermé, prenant la poussière, oublié dans un coin de la chambre de la fillette à laquelle il avait été offert.
Les enfants n'aimaient plus lire, et passaient leur temps à d'autres occupations. La grand mère de Cerise l'avait pourtant choisi, pour Noël, parmi beaucoup d'autres, pour la beauté de la couverture, et la qualité des images. Cyril avait été très fier d'avoir été distingué ainsi. La petite s'était extasié, avait un peu feuilleté, puis l'avait bien vite laissé de côté. On était en juillet, les vacances étaient là, et Cyril avait eu un peu d'espoir, vite retombé. Il s'étiolait,  et le château n'allait pas bien du tout.
Que faire ? Il se décida finalement à sortir de ses pages, pour voir s'il pouvait trouver une idée. Il se glissa hors de la couverture, pour se trouver sur le sol, dans le noir. Quelque chose lui piqua le nez, et il éternua bruyamment. De la poussière, encore ! Le livre avait échoué sous le lit de Cerise, avec quelques jouets, et un emballage de bonbon. Guidé par une lueur, il avança tant bien que mal, pour se retrouver à l'air libre. Il faisait nuit, les rayons de lune entraient par la fenêtre. L'enfant dormait, et tout était tranquille. Tout, non, qu'était cette drôle de boite, qui brillait dans l'obscurité ? Il s'approcha, et fut très surpris de voir deux dragons, comme lui, qui évoluaient dans l'objet, faisant des cabrioles.

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-«  Bonjour »  lança t-il timidement.
Les deux arrêtèrent leurs jeux, pour venir le regarder :
-« Bonjour ! Comment t'appelles-tu ? et d'où viens-tu ? »
-«  Je suis Cyril, et je viens d'un livre ».
-« Nous sommes Chang et Tsien, les dragons frères chinois. Nous habitons dans un logiciel ».
-« Un logiciel ? »
-« Un jeu, la petite s'amuse beaucoup avec nous, et là, elle a oublié d'éteindre l'ordinateur. C'est distrayant de regarder par la fenêtre ».
Cyril baissa la tête :
-« Avec moi, elle ne joue jamais. Mon livre reste toujours fermé, et mon château va tomber ».

Les deux frères se regardèrent :
-« Que pourrions nous faire ? Veux-tu venir avec nous ? ».
-« Je ne peux pas laisser mon livre et mon château comme ça ! » s'indigna Cyril
-«  Il faut appeler Fantasty le violet » intervint Tsien,
Il a toujours des idées ».
-«  Fantasty le violet ? »
-«  Il est image représentant un site, et aussi écran d'accueil sur cet ordinateur. Un personnage important quoi ».

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 Cyril ne comprenait pas très bien, mais toute aide était bienvenue.
Les deux se mirent à hurler :
-« Fantastyyyy !!! ».

-« Arrêtez de crier comme ça ! Vous allez réveiller la petite. D'ailleurs j'ai entendu votre conversation, et je crois savoir comment faire, mais il faut se dépêcher, il reste dix minutes avant que la sécurité n'éteigne l'écran ».
S'adressant à Cyril :
-« Peux tu aller chercher ton livre, et le monter sur la table, à côté de l'ordinateur ? Fais vite ! ».

Cyril retourna à tire d'ailes sur le plancher, près du lit, sous lequel il se faufila. Le livre était bien lourd pour lui tout seul, mais il le tira vaillamment.

-«  Monte-le jusqu'ici maintenant » dit Fantasty,
et attention à ne pas le brûler ! ».

Cyril dut s'y reprendre à trois fois avant de réussir à s'envoler avec le gros volume. Ses ailes étaient bien petites, et il manquait d'entraînement, malgré les encouragements des deux frères. Enfin, il arriva sur la table, se posant pesamment, lâchant son précieux fardeau.
-« Et maintenant ? »  interrogea Chang.
-« Je vais demander au disque de rester en panne, c'est un ami, il le fera. Elle sera bien forcée de faire autre chose, et avec le livre en vue... Je ne garantie rien, mais ça peut marcher. Rentre dans tes pages Cyril, et attends ».

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-«  Papa ! mon ordinateur est en panne ! »
-« Tu as essayé de le redémarrer ? »
-« Oui, ça marche pas ! ».
Papa fit quelques tentatives, avant de dire :
-« Il est vraiment en panne. Je vais appeler le technicien, mais en attendant trouve une autre distraction. Tiens, le livre de mamie est là, lis un peu pour changer ».
Deux heures après, le château s'était redressé, et Cyril avait retrouvé le sourire.
-« Papa, tu pourras me scanner la photo du dragon Cyril, je voudrais l'envoyer à mes amies, elles l'aimeront toutes ».
La carrière de Cyril ne faisait que commencer.

 

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Les images qui m'ont inspiré ce conte, sont des créations de Mistouille     qui me les a très gentiment prêtées.

Ne manquez pas d'aller sur son site, voir tous ses dessins, vous serez enchantés!

 

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Cyril le dragon et la sorcière web

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Le père de Cerise avait scanné presque tout le livre de contes, et Cyril avait appris à connaître son nouveau monde. Les dragons jumeaux, Tsien et Chang l'avaient bien aidé, et il serait éternellement reconnaissant à Fantasty le violet de ce qu'il avait fait pour lui. Il savait maintenant comment se déplacer de programme en programme, s'était fait de nombreuses nouvelles relations, et racontait les histoires du livre à tous les amis, filles et garçons, de Cerise. Le soir venu, quand l'ordinateur était éteint, la petite ne manquait pas de feuilleter le volume, et elle pouvait aussi le retrouver dans les pages. Tout allait donc pour le mieux, jusqu'à ces derniers jours.

L'écran s'éteignait de plus en plus souvent, l'ordinateur n'arrivait pas à repartir, et même le réparateur ne comprenait pas ce qui se passait. Le papa de Cerise était en colère car il ne pouvait plus travailler, et Cyril l'avait entendu crier très fort alors qu'il se reposait dans son fichier. Et ce soir la situation était grave.

L'écran avait brusquement cessé de répondre aux commandes, restant totalement immobilisé, puis s'était complètement éteint. Le réparateur (un ami de papa) était revenu et avait réussi à le rallumer, constatant alors les dégâts. Les fichiers avaient partiellement disparus, les programmes étaient tout abîmés, et pire encore Fantasty avait disparu. Lui qui trônait fièrement en écran d'accueil, demeurait invisible, ses données entièrement effacées. Tsien et Chang étaient à l'abri dans un logiciel de jeux, et Cyril dans toutes les mémoires ou le livre, mais Fantasty ne pourrait être retrouvé. Il fallait faire quelque chose, Cyril le sentait, il devait aider son ami.
Il prit alors une grande décision, il irait voir Magnus Discus, celui qui dirigeait l'ordinateur. Il avait été présenté à Magnus Discus par Fantasty, quelques temps auparavant, et avait été très intimidé par le personnage imposant, mage de grand renom qui régnait sur tous les programmes.

Celui-ci, toujours débordé de travail, l'avait regardé de sous ses gros sourcils broussailleux, et avait bougonné contre les deux dragons qui le dérangeaient en pleine visio conférence à gérer. Son regard était malgré tout très bienveillant, et il avait souhaité la bienvenue à Cyril, pour les chasser tout de suite après, retournant à des affaires autrement plus importantes.
Fantasty était un ami personnel de Magnus Discus, il ne pourrait pas refuser de l'aider à le retrouver.

Cyril, rassemblant son courage, sortit de son fichier, et entreprit le voyage vers le centre de l'ordinateur. Ce n'était pas un voyage facile, il ne l'avait fait qu'une fois, et avait peur de se perdre au détour d'un raccourci ou d'une connexion. Il déplia ses ailes, et prit son envol, remontant le courant des flux de données. Il se souvenait qu'il fallait quitter le dossier de Cerise, pour aller vers le bureau de son papa, et enfin jusqu'au poste de travail, où il fallait suivre la direction menant à Magnus. Il y avait énormément d'inquiétude, les programmes s'agitaient en tous sens, allant et venant en désordre, paniqués par la perte de leurs propriétés. Il fallut une grande énergie à Cyril pour naviguer dans cette foule, et retrouver son chemin, risquant à tout moment d'être renversé et repoussé dans un fichier mis à la corbeille.

Finalement, il se retrouva dans l'antre de Magnus. Celui-ci, les cheveux gris en bataille, les vêtements en désordre,  hurlait des ordres à tous ses sous programmes, pour tenter de rétablir un semblant d'organisation.

-« Messire »  fit timidement Cyril.
Magnus arrêta ses imprécations pour le considérer d'un œil féroce :
-«  Cyril, que fais-tu ici petit dragon ? Tu vois bien que tu déranges, ce n'est vraiment pas le moment ! ».
-« Fantasty a disparu, je suis venu vous demander de l'aide, car je sais qu'il est de vos amis et... ».
-« Je suis au courant mon pauvre petit, mais je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire. Le père de Cerise m'a demandé un diagnostic, et un nettoyage complet des erreurs. Il a aussi fait appel au Chevalier des octets exe. pour traquer la créature malfaisante qui nous a attaqués ».
-« Des créatures malfaisantes ! »  Cyril était vraiment apeuré.
-« Oui, les humains les appellent virus, moi je dis sorcière ou troll Rentre dans ton fichier, ou mieux encore dans ton livre, tu y seras en sécurité, dépêche-toi ! ».

Il était inutile d'insister, Cyril, l'oreille basse prit le chemin du retour, porté par la cohue. Il était presque sorti du poste de travail, quand prenant un tournant d'une connexion à l'autre, il remarqua un objet bizarre qui dépassait d'un tas d'octets au rebut, empilés en désordre. Il s'approcha, quittant la navigation principale, pour un bras stagnant, un fichier oublié depuis longtemps. Au dessus de la pile d'octets dispersés, un chapeau dépassait, noir et pointu, semblant bouger tout seul, et sous le chapeau, Cyril s'en rendit compte, une sorcière armée de son balai magique, dispersait toutes les données à sa portée, réussissant depuis ce recoin de dossier à détruire tout ce qui lui tombait sous la main. Pas étonnant que Magnus ne l'ait pas repérée, elle était vraiment bien cachée. Il réprima un frisson de peur, et s'avança courageusement :

-« Bonjour, qui es-tu, et que fais-tu? »
La sorcière lui lança un regard perçant :
-« Je suis Mélubug, et je fais ce que toutes les sorcières web font, je perds des données. »
et elle reprit son balai de plus belle.
-« Oui, mais pourquoi es-tu si méchante ? Tu n'as même pas l'air de t'amuser ! ».
Mélubug arrêta son balai magique en plein élan.
-« Je ne suis pas là pour m'amuser, et si je suis méchante, c'est parce que je suis une sorcière »  Elle s'appuya sur son balai :
-« Je vais quand même faire une pause. La moitié des programmes sont perdus, je suis fatiguée. Tu ne sais pas ce qu'est la vie d'une sorcière web ! Toujours envoyée au quatre coin du net pour faire le mal, jamais un moment de repos ».

Cyril avait repris un peu d'assurance :

-« Viens chez moi, dans mon château, tu pourras te reposer, et tu me diras pourquoi tu fais cela ».

Mélubug parut s'adoucir un peu :

-« D'accord, j'ai bien besoin de souffler un peu ».

-« Monte sur mon dos, je vais t'emmener »

Au même moment, un galop se fit entendre, et Cyril en se retournant vit un spectacle étonnant. Un chevalier, en armure d'octets blancs, monté sur un puissant destrier virtuel, marchant l'hexadécimal, approchait à toute vitesse. Le cheval se cabra en arrivant devant Cyril, le faisant reculer. Un heaume couvrait la tête du chevalier, une lance à son poing brillait de tout son éclat. Il l'abaissa, visant la sorcière qui s'était recroquevillée derrière les programmes détruits.

-«  Je te tiens sorcière ! »  s'exclama le chevalier, et il leva la lance pour en transpercer Mélubug.
Voyant ça, Cyril n'écoutant que son cœur, se jeta entre eux deux :
-«  Attends ! je suis sûr qu'elle n'est pas si mauvaise ! ».
-«  Pousse-toi petit dragon. Je dois la pourfendre ! ».
Son bras amorçait déjà le mouvement, mais Cyril tint bon :
-«  Ne fais pas ça, ce n'est pas de sa faute ! »
-« Il le faut, elle est coupable et... »
Le chevalier s'arrêta au beau milieu de la phrase, laissant retomber son bras, posant la lance contre le flanc de sa monture. Il retira son heaume, fixant un point derrière Cyril, l'air abasourdi. À son tour, Cyril regarda, ahuri. À la place de la sorcière Mélubug, se tenait une belle princesse, en robe bleu azur, semée de diamants. A ses pieds, le chapeau et le vêtement informe. Une voix douce s'éleva :

-«  Je suis Myra, et je te remercie Cyril ».

Il était tellement surpris qu'aucun mot ne parvint à franchir sa gorge. Le chevalier, de son côté, regardait Myra d'un air émerveillé.

-«  J'étais prisonnière du sortilège d'un méchant génie hackeur, il fallait un geste de gentillesse et de compassion envers une vilaine sorcière pour me libérer ».

Elle s'approcha de Cyril, et déposa un baiser sur le bout de son museau.

-«  Le meilleur des dragons ! Et sois tranquille, ton ami va revenir, comme tous les fichiers ».

Cyril, tout heureux et intimidé se tortilla, un peu de rose teintant les écailles vertes de son nez.

Le chevalier d'octets qui était descendu de sa monture, s'inclina devant Myra, avant de l'aider à monter en selle, et tous deux partirent au grand galop, disparaissant vers le réseau  internet.

Cyril resta seul, tout pensif, et sursauta violemment en entendant Magnus Discus hurler de sa voix de stentor :

-«  Ca y est, c'est reparti ! ».

                                                          *******************

-« Papa, regarde »  dit Cerise,
-« Ca marche »
-« C'est pourtant vrai »
-« Tu as fait quelque chose ? »
-« Non, ça c'est rallumé tout seul. Et mon dragon violet est de nouveau en accueil ».
-« L'informatique est parfois mystérieuse »  constata le père de Cerise,
-«  Un vrai tour de magie ».

                                                          **********************

Merci à Mistouille pour son illustration. Ne manquez pas d'aller la voir sur son site!  (en lien)

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Cyril au royaume Mabulle:conte web

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 (illustration tableau de Starship)

 

Cyril venait de finir de lire un de ses contes à une nouvelle amie de Cerise, récemment arrivée dans la même école, quand Fantasty arriva dans son fichier, l'air affairé :
-« Cyril,  Magnus Discus te réclame de toute urgence ! ».

Cyril sentit son cœur se mettre à battre très fort. Magnus, le mage qui dirigeait d'une main de fer tout le royaume de Pc ! Il ne recevait que rarement et ses ordres étaient donnés par ses écuyers, les sous programmes et les raccourcis, qui se chargeaient de tout. Avait-il fait quelque chose de mal ? Il était nouveau dans le royaume et ne connaissait pas encore tous les usages.
-« Sais-tu de quoi il s'agit ? »  demanda t-il à Fantasty, d'un ton un peu angoissé.
Fantasty réprima un sourire qui fit rougeoyer sa gorge :
-« Il te le dira lui-même, ne sois pas inquiet ».

Les deux dragons prirent leur envol, se dirigeant à tire d'aile vers le fief du mage, dans le centre de Pc. Les connexions routes étaient beaucoup plus faciles à suivre, dégagées cette fois. Les flux de données circulaient en ordre, les informations déposaient leurs contenus avec efficacité et rapidité, et même Dame Outlook, gouvernante en chef des courriers, personne imposante et autoritaire, avait l'air de bonne humeur malgré la surcharge de travail, adressant un petit bonjour à leur passage.
Ils arrivèrent devant Magnus Discus et Cyril s'inclina, tout tremblant :
-« Messire Magnus ».
Le mage avait son expression la plus sévère, mais ses prunelles pétillaient en regardant Cyril :
-«  Je t'ai fait appeler, Cyril, pour t'informer de la prochaine mission dont tu vas être chargé, mission des plus importantes. Cerise a décidé d'ouvrir un blog au sein du royaume Mabulle. Ses parents sont d'accord, et l'inscription a déjà été faite. Je les ai entendus en parler avec la petite, tu vas être bannière de ce blog. Il s'agit donc de représenter dignement notre domaine et ses habitants, ainsi que ton livre, et Cerise elle même, qui t'a choisi. Tu vas dès ce soir passer la nuit dans cette nouvelle demeure, et commencer à accueillir ceux qui viendront visiter le blog.  Fantasty va t'accompagner, et te dire comment tu dois agir et te tenir. Je compte sur toi pour nous faire honneur ! ne me déçois pas ».
-« Je ferai tout mon possible pour être à la hauteur de cette tâche, Messire, je vous le promets ».

Cyril salua le mage et suivit Fantasty sur le chemin du retour, en l'assaillant de questions. Celui-ci, image d'accueil chez plusieurs personnes, lui expliqua son futur rôle, et la façon de recevoir les visiteurs. Lui-même était programmé pour ouvrir le premier article, et allait venir avec Cyril, passer la nuit dans le blog, ce qui le rassura un peu.

Ils se préparèrent donc, et prirent le chemin du royaume Mabulle.
Après un rapide trajet par les routes internet, les deux amis posèrent leurs bagages dans le bien de Cerise. Il faisait déjà nuit, et comme la mise en ligne n'était prévue que pour le matin suivant, ils ne verraient personne pendant plusieurs heures. L'endroit était grand, un château très bien agencé, avec une douce lumière mauve. Beaucoup de pièces, encore vides, prévues pour les fichiers, les visiteurs, une autre, la salle des éditions,  remplie à ras bord d'outils de toutes sortes, qui laissèrent Cyril perplexe.

Le blog devait présenter principalement le livre de Cyril, publiant les contes les uns après les autres, avec tous ses portraits. Avant de partir, Fantasty l'avait emmené chez sire Paint, un grand artiste à l'atelier regorgeant de créations, pour qu'il le fasse beau, et prenne ses mesures pour les publications. Il y aurait aussi un petit journal fait par Cerise, où elle raconterait sa vie, l'école, ses amies. Pour étoffer un peu les débuts, Cerise qui admirait énormément les photos de sa mère, lui avait demandé de faire une rubrique avec ses prises de vue. Il y avait juste deux liens, avec le blog de la marraine de Cerise, une amie de sa mère qui écrivait depuis longtemps déjà, et l'autre vers celui d'une camarade. Tout viendrai en son temps, il faisait confiance à Cerise pour cela.
 Fantasty avait sommeil, et alla dormir tout de suite après les dernières explications, dans la tour médiathèque, à la place de publication qui lui était réservée. Cyril l'entendit adresser des remontrances aux fichiers photos qui se disputaient pour des questions de meilleure mise en valeur, se bombardant à coup de pixels. Lui même resta seul dans le donjon  page d'accueil.

Depuis la fenêtre, il put voir tout le royaume Mabulle, espace qui lui parut immense, avec une multitude de domaines, du plus grand au plus petit. Tous les arts s'y exerçaient, des trouvères et troubadouresses qui présentaient leurs œuvres, des artisans imagiers, des maîtres d'œuvres et leurs programmes, des conteurs, des poètes, hommes et femmes de talent. Sa tâche ne lui en parut que plus difficile. Il revint à l'intérieur, et considéra son fief.

La maman de Cerise, excellente programmatrice, avait créé un très beau décor, où en plus de Cyril, le visiteur pourrait voir en arrière plan le château et la campagne où se déroulaient les contes. Le suzerain du royaume Mabulle, sire Vincent en personne, portant les armoiries violettes sur son pourpoint, vint brièvement voir si tout était en ordre, respectant les usages par lui établis à la cour.
Cyril se redressa pour le recevoir, essayant malgré sa timidité de faire bonne impression, risquant un petit :
-« Bonsoir Messire » qui lui valut un sourire approbateur.

 Tout était en ordre, il n'y avait plus qu'à attendre. Cyril se coucha, sûr de ne pouvoir dormir, écoutant les bruits venants du voisinage. Il était tard, et tout le monde dormait, sauf quelques uns qui avaient des visites de noctambules, de l'étranger, ou dont les administrateurs travaillaient à de nouveaux articles. Des bruits de voix étouffés, une lumière qui s'allumait et s'éteignait, le cliquetis d'une programmation, une musique venant d'un blog voisin. Des sons légers, pas encore familiers, finissant par bercer Cyril, qui s'assoupit au bout d'un moment.

Fantasty le réveilla à sept heure, il était temps de se mettre en place, le blog devait ouvrir à  la demie ! Tous deux s'installèrent, et attendirent le moment avec une certaine appréhension. Les lumières s'allumèrent en grand, ça y était, les articles étaient publiés !
La première lecture fut celle de la meilleure amie de Cerise, qui laissa un commentaire très gentil à l'accueil de Cyril, d'autres suivirent...

A la fin de la journée, alors que la nuit était bien avancée, le petit dragon était absolument épuisé ! Les visites s'étaient succédées sans arrêt. Beaucoup d'amies et de camarades de Cerise, mais aussi des personnes qui avaient vu une nouvelle publication, d'autres qui venaient de l'annuaire. Quelques déceptions, quand le visiteur ne restait pas, repartant dès arrivé, malgré les efforts de Cyril pour donner envie de lire, mais ils avaient été rares à le faire.
Il allait bien dormir cette nuit, mais avant il fallait présenter un rapport auprès de Magnus, qui l'avait exigé.
Cyril se sentait simplement heureux.

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Cyril et le T-Rex

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Magnus Discus était en colère, très en colère.
Tous les habitants pouvaient l'entendre vociférer depuis son antre d'un bout à l'autre du royaume Pc. Les cavaliers dossiers restaient muets dans leurs châteaux, les écuyers logiciels s'activaient en silence, et même Dame Outlook, intendante générale des courriers du domaine, personne qui ne se laissait pas impressionner par les nombreuses colères de Magnus, était sortie sur le pas de sa porte, abandonnant sa gestion, pour écouter. Elle était retournée bien vite chez elle, refermant soigneusement l'accès de son programme, quant à son filleul, Outlook express, il n'avait pas montré le bout d'un octet.
Cyril, du fond de son fichier, entendant la grosse voix de Magnus, se fit tout petit, espérant que Cerise n'allait pas l'appeler au même moment, pour lire une page de ses contes, ou l'envoyer en mission dans son blog. Il n'avait vraiment pas envie de sortir pour se retrouver sous les yeux de Magnus quand il était dans cet état là.
Il prêta l'oreille pour comprendre ce qui se passait.
Magnus en avait après un fichier nouveau venu, dont le représentant, un page assez grassouillet que Cyril avait croisé plus tôt, restait figé sans pouvoir placer une parole.
-« Comment ça, vous ne pouvez pas ouvrir votre fichier ?!! » tonnait Magnus,
-« Voilà deux fois que Cerise demande lecture de votre livre, et que vous ne pouvez la satisfaire ! Je ne peux pas tout faire dans ce royaume ! Il faut déjà que je m'occupe des dossiers de son père, que je gère les visio-conférences qu'il tient avec l'étranger, et croyez moi, quand il faut discuter avec les mages des autres pays, qui ne parlent pas la même langue, ce n'est pas toujours simple ! Il y a aussi les travaux de recherches de sa mère, et là je dois m'expliquer avec Maître Google, alors je voudrais bien que pour quelque chose d'aussi simple, on puisse se passer de moi ! ».
Cyril n'entendit pas la réponse que fit le page, mais elle fut suivie par une explosion de Magnus :
-«  Vous ne savez pas pourquoi l'ouverture est impossible ! Sacrebleu ! @*** !!!@§§!!¤ »
La suite d'imprécations que proféra Magnus fit frémir les habitants de Pc qui bien entendu écoutaient tous aux portes.
-« Mais alors, à quoi servez-vous, je vous le demande ! J'ai bien envie de vous envoyer à la corbeille, voir ce qui arrive aux incompétents ».
Cyril savait très bien que jamais Magnus ne ferait une chose pareille de son plein gré, mais il en frémit, et le pauvre page devait être terrifié. La voix de Magnus reprit, le clouant sur place :
-« Cyril, mon garçon, viens ici immédiatement ! ».
Qu'est-ce que Magnus pouvait bien lui vouloir ?
-« Oui Messire, tout de suite »  répondit Cyril d'un ton qu'il aurait préféré plus assuré.
Il rassembla son courage, et prit son vol vers la grande salle du conseil où siégeait Magnus en permanence. Arrivé là, il vit le page, tout pâle, l'air malheureux, qui le regarda entrer, plein d'espoir.
-« Cyril »  commença Magnus,
-« Je suppose que tu as compris que ce page est incapable d'ouvrir son livre. Tu viens d'un livre, tu vas aller essayer de l'aider, moi j'ai vraiment autre chose à faire ! Et dépêchez-vous, Cerise est sortie, mais elle ne va pas tarder à rentrer ».
Il les congédia impatiemment, retournant à sa gestion et aux affaires du royaume.

Cyril et le page sortirent, faisant lentement le chemin vers le livre. Cyril apprit ainsi que Cerise avait demandé le téléchargement d'un e-livre gratuit, consacré à  la préhistoire. Sa mère était professeur de science naturelle à l'université et Cerise allait souvent au muséum , fascinée par les squelettes des grands animaux qui peuplaient la terre à cette époque. Le page lui montra son livre, bien rangé dans l'espace fichier qui lui avait été attribué. Le volume était épais, bien plus que celui de Cyril, avec une illustration à chaque feuillet. Le passage qui y menait, n'était qu'entrebâillé, et le page, malgré tous ses efforts, n'avait pu le dégager davantage. Ils tentèrent à deux, mais il résista avec opiniâtreté.
-« Je vais aller voir »  finit par dire Cyril,
- Je trouverai bien pourquoi ton livre ne s'ouvre pas ! ».
-«  Je t'en serais éternellement reconnaissant »  fit le page, soulagé de ne plus être seul,
-Sois prudent, les créatures qui vivent là-dedans ne sont pas très accueillantes ! ».

Prenant une inspiration, Cyril se faufila dans l'ouverture, se glissant à l'intérieur, pour se retrouver en première page. Il eut le vertige en se voyant en plein vide, entouré du bleu de nuit  piqueté de poussières  du système solaire encore en formation. Au loin le soleil, plus loin encore, les galaxies tournaient lentement sur leurs axes. Cyril vit le chemin vers les illustrations suivantes, et voleta vers elles. La première montrait un paysage presque entièrement maritime, avec un grand continent qui émergeait lentement. Des volcans grondaient, des éclairs traversaient le ciel, et des météorites tombaient dans un bruit assourdissant, aussitôt recouvertes par les vagues. D'illustrations en illustration, des créatures marines apparurent, dans des coquilles aux dessins compliqués, agitant leurs tentacules. D'autres sortirent de l'eau, se traînant sur le rivage, puis marchant avec de plus en plus d'aisance, abandonnant l'élément liquide. Les terres se couvraient de plantes et d'arbres, purifiant une atmosphère jusque là irrespirable. Pas encore de fleurs, ni d'herbe, mais du vert ; partout
Les animaux s'adaptaient, grossissaient, peuplant des forêts denses de leurs cris. Ils étaient de plus en plus gros, ébranlant le sol de leur pas lourd, mangeant les pousses aux sommets des arbres  et des fougères. L'un d'eux tenta même d'attraper Cyril, tant son cou était long. Il l'esquiva, et finit par se retrouver devant une porte qui restait obstinément fermée, au contraire des autres. Le problème devait se trouver à cet endroit, estima le petit dragon, pesant de toutes ses forces sur le panneau. Celui-ci finit par céder un petit peu, révélant un paysage tropical, d'un vert intense, sous une forte chaleur. Un groupe de petits carnivores chassant en bande passa devant lui à toute vitesse, des herbivores broutaient paisiblement, des oiseaux étranges et gigantesques volaient très haut dans le ciel bleu dur. Tout avait l'air en ordre, pourquoi ne pouvait-on entrer normalement ? Quelque chose attira l'attention de Cyril, caché derrière un arbre. Il en fit le tour avec précaution, et se retrouva devant un animal qu'il avait déjà vu dans la planche précédente. Un terrible chasseur celui-là, avec des crocs acérés, et des écailles épaisses le protégeant des cornes de ses proies. Pourtant, dissimulé dans les feuillages, il ne bougea pas quand Cyril s'approcha. Plus surprenant encore, ce qu'il pouvait voir des écailles était bleu azur ! Pas la couleur habituelle.
-«  Bonjour »  risqua Cyril, restant à distance prudente.

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Un museau bleu se montra, puis tout un corps de même couleur, avec des écailles dorsales multicolores.
-« Qui es-tu ? »  demanda t-il encore,
-Tu n'es pas comme les autres habitants ».
-«  Je m'appelle Edna »  répondit la créature, d'une voix flûtée,
- je suis un t-rex ».
-«  Tu n'es pas un vrai t-rex ! »  dit Cyril,
-« Tu leur ressemble un peu, c'est tout ».
-«  L'auteur du livre a fait une erreur de photo avec une voisine. Moi je suis un jouet. Je suis complètement perdue ici »  fit Edna, désespérée.
-« Tout le monde me dit que je suis un prédateur féroce, que je dois chasser. Je n'ai pas du tout envie de chasser ! Tout ce que je veux, c'est jouer avec des enfants » et elle se mit à pleurer.
-«  Ne pleure pas »  dit Cyril, tout ému. Puis il eut une illumination :
-« Ton format n'est pas pris en charge ! L'auteur s'est trompé dans son programme, c'est pour cela que le livre ne s'ouvre pas ».
Il reprit avec une certaine autorité :
-«  Viens avec moi, nous allons voir Magnus Discus. Tu n'as rien à faire ici. Lui, il saura comment agir ».
-« Tu crois ? ». fit Edna, avec espoir.
-«  J'en suis sur, allez viens ».
Edna ne pouvait pas voler, aussi, c'est à pied que les deux amis firent le trajet de retour, vers Magnus et sa salle de conseil, accompagnés du page soulagé de voir qu'une solution était en vue.
-« Et bien, qu'avons-nous là » fit Magnus, en découvrant Edna.
-« Edna a été insérée par erreur, Messire »  répondit Cyril,
-«  C'est pour cette raison que le livre ne s'ouvrait pas, les formats étaient incompatibles ».
-« C'est ma foi vrai »  fit Magnus, en foudroyant le page du regard,
-« Tu aurais pu t'en rendre compte tout seul ! Retourne vite faire ton travail, et qu'il n'y ait plus de problèmes ».
Le page fila sans demander son reste, murmurant un merci à Cyril au passage.
-« Et maintenant que vais-je faire de toi, petite »  dit Magnus, regardant Edna qui baissait les yeux, toute timide.
-«  Si vous permettez Messire »  osa Cyril,
Edna a été créée comme moi pour les enfants. Pourquoi ne viendrait-elle pas animer un conte avec moi ? Justement, j'en ai un sans personnage, et ... »
-« D'accord, d'accord »  répondit Magnus,
-«  Allez voir sire Paint pour les formats, et qu'elle s'installe chez toi. Cerise ne va pas comprendre, mais tant pis. Laissez-moi travailler maintenant les enfants ».
Cyril et Edna saluèrent respectueusement, et sortirent, se dirigeant vers le livre de contes.
Presque à la porte, ils entendirent Magnus de loin :
-« Merci Cyril, bon travail !»   qui fit se rengorger le petit dragon.


-« Maman regarde »  fit Cerise,
-« Il y a une image que je n'avais jamais vue avant dans cette histoire ».
-« Tu n'avais pas dû la lire »  répondit sa mère.
-«  Non, non, je suis sure, elle n'était pas là ! »
Sa maman se pencha sur l'écran pour regarder Edna.
-« On ne dirai pas un personnage de ton livre, on dirait plutôt un t-rex. Qu'est ce qu'elle vient faire là ? Décidément  cet ordinateur me surprend chaque jour davantage ».
-« Ca ne fait rien, cette image me plait bien »  dit Cerise,
-« Tu ne trouves pas qu'ils se ressemblent avec Cyril ? »
-« Un peu. Beaucoup de chercheurs pensent que la légende des dragons est née de la découverte de squelettes de dinosaures par les premiers hommes »

 

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Edna et Cyril échangèrent un sourire complice.

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Cyril le petit dragon et l'espion

 

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Cyril et l'espion.

 

Cyril était rentré très tard du blog de Cerise. Les allées connexions menant au château du royaume Pc étaient pratiquement désertes, et dans le château lui-même, il n'avait rencontré que deux ou trois voisins retournant chez eux, la fermeture de leurs fichiers étant faite.  Après un rapide bonsoir à un écuyer portant l'étendard d'un dossier images, il était enfin entré chez lui, refermant la porte doucement pour ne déranger personne.

Comme il était nouvellement arrivé dans le royaume, Magnus Discus lui avait attribué un appartement petit, mais confortable, situé bien sûr dans le dossier de Cerise. Là, au même étage, il avait plusieurs voisins importants, des seigneurs qui régnaient sur des fiefs bien plus grands, régentant les affaires du père de Cerise. Ceux là avaient de très grands logements, pour pouvoir ranger toutes leurs archives, et ne rendaient des comptes qu'à Magnus Discus en personne, quand Cyril la plupart du temps avait affaire à des écuyers ou des hérauts pour savoir quels étaient les ordres et les tâches en cours. Il s'était senti bien petit face à des personnages aussi considérables,  mais tout le monde avait été très gentil, le laissant s'installer sans le bousculer, et lui expliquant comment ranger ses propres fichiers suivant les règles voulues par Magnus. Et bien sûr, il y avait Fantasty le violet, dragon accueil du royaume, son ami depuis le premier jour, sur lequel il savait pouvoir compter en toute circonstance.
Il prit une rapide douche, le temps de bien sécher ses écailles, et de lisser ses petites ailes, puis de se brosser les dents, il était prêt à se mettre au lit. Il baillait à s'en décrocher la mâchoire, sur le point d'éteindre la lumière, quant un petit bruit le fit se redresser, l'oreille aux aguets et tous ses sens en action.
Tous les dragons sont connus pour avoir une ouie particulièrement fine, et Cyril ne faisait pas exception à la règle. Une sorte de petit grattement, puis un léger claquement provenaient du couloir, presque en face de sa porte. Il commença par écouter, l'oreille collée au battant, puis ouvrit celui-ci. La pénombre était presque complète, comme toujours à cette heure tardive, seuls les lumignons de veille étaient restés, éclairant faiblement l'endroit. Il lui sembla voir une ombre se glisser à l'autre extrémité du passage, tournant rapidement dans la connexion voisine, celle qui menait hors du Pc, directement vers les groupes de travail du père de Cerise. Cyril n'avait absolument pas le droit d'emprunter cette voie, dont il se tenait à l'écart. Il rassembla son  courage, et voleta jusqu'au bout du passage, là où il lui semblait avoir vu quelqu'un se faufiler. Il risqua un coup d'œil sur la connexion, grosse artère ultra rapide, plongée elle aussi dans la pénombre. Aucune donnée ne circulait, tout était calme.

Un peu perplexe, Cyril reprit son vol vers son appartement, tout en se raisonnant. Avec la fatigue, il avait dû imaginer, quelques heures d'un bon repos lui seraient profitables. En passant devant les appartement du seigneur dirigeant le dossier de travail du père de Cerise, Cyril remarqua la porte restée entre ouverte. Il se posa, trottinant jusque là,  appréhendant ce qu'il allait trouver. Il passa la tête dans l'ouverture, après avoir frappé légèrement. Tout semblait calme, en ordre, il appela :
-« Messire Documentis ».

Personne ne répondit, il devait avoir été réclamé par Magnus pour une tâche urgente. Peut-être même était-ce lui que Cyril avait aperçu, sortant précipitamment de chez lui pour un travail de nuit avec l'étranger. Il repoussa la porte, ne voulant pas être indiscret, et retourna dans son appartement, pour se coucher et sombrer tout de suite dans un sommeil bienheureux.

Il en fut tiré à peine trois ou quatre heures après, par une sensation de présence, et des bruits étouffés provenant du dehors. Tout de suite, on gratta à sa porte, et la voix de son ami Fantasty se fit entendre :
-«  Cyril »   puis plus fort :
-« Cyril, ouvre ! »

Il se dépêcha d'aller ouvrir, pour retrouver son ami, accompagné de trois  prévôts portant les armes de Magnus. Fantasty avait l'air extrêmement ennuyé, pendant que les enquêteurs furetaient, l'un d'eux entrant dans l'appartement d'en face, affairé.
-« Que se passe t-il, Fantasty ? »  demanda Cyril, plutôt éberlué
-« Parle moins fort ! »  murmura celui-ci,
-« Il ne s'agit pas de réveiller tout le monde ».
Cyril baissa instantanément de ton :
-« Qu'y a t-il ? »
-« L'appartement de messire Documentis a été forcé. Lui-même a été agressé. Il a pu appeler au secours Magnus en reprenant conscience, mais son programme est très abîmé, nous ne savons pas s'il va s'en sortir. Magnus lui-même est à son chevet ».
-« Magnus est là ? »  s'exclama Cyril, oubliant de parler bas.

C'était bien la première fois qu'un tel événement se produisait, à sa connaissance, Magnus restant toujours dans ses appartements, occupant un étage du château à lui tout seul, d'où il pouvait diriger les affaires du royaume. Les programmes endommagés se déplaçaient pour le voir quand ils le pouvaient, ou bien Magnus leur envoyait un de ses écuyers. L'affaire était vraiment grave !

-« Qui a fait ça ? »
-« Nous ne savons pas,  as-tu entendu ou vu quelque chose ? ».
-« Oui, une sorte de claquement, et en sortant j'ai cru apercevoir une ombre tourner au coin de la connexion des groupes. Je suis allé jusque là, mais je n'ai plus rien vu, et je n'ai pas osé continuer. Je pensais m'être trompé, et que messire Documentis était sorti en laissant la porte ouverte ».

-« Il vaudrait mieux que tu le dises toi même à Magnus. Viens ».

Les deux dragons traversèrent le couloir, et entrèrent dans l'appartement de Word. L'intérieur était brillamment éclairé, montrant de grandes pièces, entièrement tapissés d'étagères remplies à ras bords de manuscrits. Cyril n'était jamais venu, n'avait fait que jeter un coup d'œil plus tôt, et trouva l'endroit fort impressionnant. Que de documents Documentis avait sous sa garde ! Plusieurs soldats en armes attendaient, impassibles, regardant les dragons sans dire un mot, leurs épées luisant à la lumière blanche. Magnus sortit au même moment d'une autre pièce, où Cyril put entre apercevoir un grand lit, où reposait le chevalier. Il l'avait souvent croisé dans le couloir, noble personnage d'un certain âge, aux beaux cheveux blancs, qui trouvait toujours le temps de lui dire un mot gentil malgré sa charge de travail.

-« Il va mieux »  dit Magnus,

-« Il va se remettre, mais il s'en est fallu de peu qu'il ne soit irrémédiablement détérioré ».

-« Messire Magnus »  dit Fantasty,

-« Cyril a peut-être entendu quelque chose ».

Cyril, toujours aussi intimidé devant les sourcils broussailleux et froncés de Magnus, répéta ce qu'il avait dit un peu plus tôt.
-« Mmmh ... » fit Magnus, laconique.

Puis il se mit à examiner les rayonnages de manuscrits de très près, concentré.
-« C'est bien ça » dit-il après un moment.
-« Les manuscrits ont été pris et remis en place très habilement. Mes enfants, nous avons un espion dans nos murs ! et il est très habile, les données du père de Cerise ont été extraites et emmenées. Je vais appeler le chevalier Antiviriq ».

La révélation tomba dans un silence impressionnant. Un espion ! Une des pires choses qui pouvait arriver dans un royaume informatique. Le père de Cerise était ingénieur et son entreprise avait beaucoup de brevets très recherchés. Quant au chevalier Antiviriq, il ne venait heureusement que rarement, car tout le monde le craignait. Il faisait le tour des appartements du château, bouleversant tout pour débusquer les espions. Cyril ne l'avait vu qu'une fois, et son petit domaine avait été retourné de fond en comble. Il lui avait fallu deux jours pour tout remettre en place.

-« Allons prendre un peu de repos » ordonna Magnus,
-« La journée sera longue. Je laisse des gardes, il ne pourra pas revenir »

Les dragons s'inclinèrent respectueusement et sortirent, regagnant leurs logements.
Le jour suivant se passa sans incident, malgré une ambiance lourde, tous les occupants étant au courant du piratage, et incités à ouvrir l'œil. Cyril, quant à lui, se tritura les méninges pour essayer de se rappeler quelque chose d'utile à l'enquête, avec pour seul résultat d'être assez distrait dans le blog, ratant quelque peu une ou deux présentations, et dormant mal la nuit suivante. Il se releva de très bonne heure, incapable de rester plus au lit, et sortit pour s'aérer un peu dans un des fichiers images exotiques. Il faisait encore noir, et seuls les gardes postés à la porte de messire Documentis étaient visibles. Cyril volait en direction des fichiers photos, plongé dans ses pensées, quand une lumière sous une porte le fit s'arrêter, et se poser doucement pour observer. La porte menait à une connexion de favori, et il n'y avait aucune raison qu'il y ait de la lumière à cette heure, le royaume Pc étant en veille. Le battant s'ouvrit légèrement, puis plus largement, laissant apparaître une silhouette drapée d'un vêtement noir.

L'espion, car c'était bien lui, Cyril n'avait aucun doute, jeta un coup d'œil à droite puis  à gauche, avant de faire quelques pas hors de la connexion. Il sursauta violemment en se trouvant nez à nez avec Cyril, tirant une arbalète des plis de son manteau pour en viser le dragon.

-« Tu ne m'arrêteras pas »  gronda t-il, menaçant,

-« Je suis S.P.Y.  le meilleur des maîtres espions, et je ne vais pas me laisser prendre par un programme de jeux ! »

-«  Je ne suis pas un programme de jeux ! »  répondit Cyril énergiquement, et voyant l'arbalète se lever sur lui, il fit une chose incroyable.

Prenant sa respiration à fond, il ouvrit la gueule, et envoya un épais jet de flammes vers l'espion, lui roussissant les bottes. L'espion poussa un cri autant de douleur que de surprise, et se rejeta dans la connexion. Les flammes vinrent frapper la porte qui se refermait sur lui, faisant fondre le métal, et coupant définitivement l'accès. Cyril, très ému d'avoir craché du feu sur quelqu'un, en resta tout tremblotant, alors que des gardes arrivaient en courant, suivis de près par Fantasty.

Un peu plus tard Magnus le fit appeler :

-«  Je te félicite Cyril, grâce à toi, l'espion n'a pas pu revenir, et son accès est coupé. Il n'a pas eu le temps de prendre les dossiers vraiment importants, mes gardes ont terminé de tout vérifier. Le royaume est à nouveau sûr ».

Cyril, embarrassé et très heureux, murmura un
-« Merci Messire »  à peine audible, en baissant les yeux devant un Magnus Discus qui cachait mal un sourire derrière sa barbe blanche.

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Cyril le dragon et le scarabée sacré

http://image.mabulle.com/h/ha/hauteclaire.mabulle.com/pyramides.jpgTout le royaume Pc était en ébullition. Un nouveau dossier était arrivé depuis peu,
et les habitants de Pc savaient qu'il venait d'un empire lointain, situé dans les terres d'orient, avec un nom qui
évoquait le voyage, une connaissance millénaire, des œuvres impérissables, l'Egypte.

Magnus Discus avait octroyé un logement particulièrement important au nouveau venu, qui avait besoin de beaucoup de place pour tous ses documents. Pas aussi grand que celui de messire Documentis, mais presque. Le père de Cerise l'avait fait entrer, ayant des projets dans le pays avec son entreprise, afin d'approfondir ses connaissances, et de savoir le plus possible de choses ayant trait à l'histoire.
Les commentaires allaient bon train, personne ne sachant exactement ce qu'il y avait derrière la porte close menant à la vaste demeure. On avait vu passer l'ambassadeur du dossier, se rendant chez Magnus Discus, porteur d'un cadeau pour celui-ci, présent d'une grande valeur, à ce que Cyril avait entendu. Il avait vu de loin le représentant, homme à la silhouette assez trapue, à la peau ambrée, habillé d'un manteau fait d'une étoffe souple, à la couleur d'un blanc éclatant. Il portait une sorte de rouleau à la main, et Cyril avait entendu son voisin, sire histoiry-géo, expliquer qu'il s'agissait d'un rouleau de papyrus, chose particulièrement rare et précieuse. L'ambassadeur était rentré chez lui, refermant la porte doucement, et depuis Cyril mourrai de curiosité, passant et repassant devant l'appartement, pour tenter de voir quelque chose, ou peut-être même être invité à entrer.
Finalement, comme rien ne se passait, il prit son courage à deux pattes, et frappa doucement à la porte. Il entendit une voix répondre quelque chose qu'il ne comprit pas, et espérant qu'il s'agisse bien d'une invitation, entrouvrit le battant et se glissa à l'intérieur.

Il se trouvait dans un salon confortable, aux murs tapissés d'étagères recouvertes de rouleaux semblables à celui qu'il avait apporté pour Magnus. Des tapis colorés, des meubles bas et simples. L'ambassadeur était là, assis en tailleur sur un coussin épais, avec sur les genoux un de ces rouleaux posé sur une tablette,  des pots emplis d'encres colorées près de lui, et une sorte de crayon à la main, tige d'un matériau dur, taillée en pointe, imbibé d'encre. Il leva les yeux vers Cyril, lui adressa un sourire et dit :

-« http://image.mabulle.com/h/ha/hauteclaire.mabulle.com/hierocyril.jpg

-«  Pardon messire ? »  fit Cyril, déconcerté.
-« Excuse-moi »  reprit l'homme,
-« J'avais oublié le traducteur. Qui es-tu ? »
-«  Je m'appelle Cyril »  fit celui-ci en se tortillant un peu,
-« Je suis Anenetep, grand scribe royal »
-« Scribe messire ? »  fit Cyril en ouvrant de grands yeux
-«  Je dois tout écrire, les discours, les textes sacrés, les lois . J'ai beaucoup de travail, que veux-tu ? »
-«  je venais voir... » 
Il laissa sa phrase en suspens, sans arriver à faire la demande qu'il avait en tête.
-« Tu voudrais aller regarder mon pays de plus près »  fit Anenetep en souriant.

Cyril baissa la tête, un peu honteux :
-« Oui messire ».
-« Et bien vas-y, tu peux entrer par cette porte »  fit Anenetep,
-« Fais bien attention à ne rien abîmer, et sois discret. Moi, j'ai du travail, je ne peux pas venir. A tout à l'heure ! ».

Cyril, tout heureux, remercia avec empressement, et traversant la pièce, alla ouvrir et entra. Tout de suite, un air chaud et sec le frappa, un soleil intense brillait, haut dans le ciel, chauffant ses écailles. Le paysage s'étendait à perte de vue, fait de sable doré, entrecoupé d'étendues vertes. Un fleuve, très loin, serpentait paresseusement. Ses yeux s'accoutumant à la lumière vive, il distingua vers l'horizon trois curieuses formes pointues. Ce devait être les fameuses pyramides dont Histoiry lui avait parlé. Il devait les voir de plus près !

Cyril déploya ses ailes, et volant allègrement, prit la direction des monuments. Au bout d'un bon moment de vol, il sentit le besoin de se poser quelque part. Il faisait vraiment très chaud, et les pyramides étaient encore à bonne distance. Avisant un monticule de pierres, il atterrit, et reprit son souffle. Y avait-il un peu d'eau par là ? Une petite source en effet, jaillissait entre les rochers, dans laquelle il trempa son museau avec reconnaissance. Une fois désaltéré, il se préparait à reprendre son vol, quand un bruit lui fit dresser l'oreille. Quelqu'un parlait ! tout près !
Il regarda, sans voir personne, et pourtant il ne se trompait pas, il y avait bien une personne qui parlait d'un ton rageur. Il fit quelques pas, et se rendit compte que le bruit avait l'air de provenir de sous un petit rocher qui avait dû rouler de plus haut. Intrigué, il poussa la pierre, découvrant un trou assez large. La voix se tut brusquement, pour reprendre aussitôt :

-«  Qui est là ? Bon, poussez-vous, je sors ».

Cyril recula d'un pas ou deux, et observa, ébahi. Qui pouvait bien se trouver dans un si petit et inconfortable endroit ? Le propriétaire de la voix se mit à ahaner :

-« Humpf, humpf » marquant une remontée pénible,

 et Cyril, eut la surprise de voir sortir un scarabée du trou.  Il était d'un beau vert sombre et irisé, son dos était couvert d'inscriptions compliquées. Cyril avait déjà vu des scarabées, mais jamais comme celui-ci !

Quant au scarabée, il eut un violent sursaut en découvrant Cyril :
-« Par Amon Rê tout puissant ! Qui es-tu ? »
-« Je m'appelle Cyril, je suis un dragon »
-« Un dragon ??Connais pas ! Ce n'est pas grave, je te remercie de m'avoir sorti de là. J'étais bloqué dans ce trou depuis un bon moment »
-« Comment est-ce arrivé ? » demanda Cyril poliment.
-« J'essayais de rattraper la clé qui est tombée dedans. Je suis tombé à mon tour, et pour finir ce bout de rocher a bloqué l'ouverture. Résultat, je n'ai toujours pas cette clé, et les amis doivent attendre pour rentrer dans la pyramide ! »
Il regarda Cyril soudain attentivement :
-« Tu es grand toi ! Tu as de grandes pattes. Essaie donc d'attraper cette clé ! Allez ! Vite ! »Le scarabée avait de l'autorité, et le dragon vit qu'il ne fallait pas le contrarier. Se penchant, il plongea sa patte dans le trou, en s'écorchant un peu les écailles et tâtonna dans le fond. Rencontrant un objet métallique, il arriva à le saisir dans ses griffes et le remonta délicatement, pendant que le scarabée tournait autour de lui à toute vitesse. Il poussa un soupir de soulagement en voyant apparaître la clé, qui brillait au soleil.
-« Ouf, enfin !!! Merci mon garçon, tu m'as rendu un fier service. Au fait, je m'appelle Khépri.
S'étant saisi de l'objet, il regarda en direction des pyramides :
-« J'ai encore un bon moment de route ! »  puis examinant Cyril :
-« Tu voles, tu pourrais peut-être m'emmener ? »
-« Bien sûr messire » répondit Cyril, s'inclinant pour que Khépri puisse grimper sur son dos.
-« Ouf, vous êtes plus lourd que je ne pensais ! ».
Khépri répondit sèchement :
-« Je te prierais de ne pas me parler ainsi, mon garçon. Je représente un dieu ici. Tache de t'en souvenir. »
-« Oui messire, bien messire, excusez-moi messire »  répondit Cyril, contrit, tout en  prenant la direction des pyramides.
Il survolèrent ainsi l'étendue sableuse, pour finir par se retrouver devant un curieux personnage, allongé à côté de la pyramide. Un corps de lion, et un visage humain.
Celui-ci s'adressa à Khépri directement :
-«  Tu es très en retard, tout le monde t'attend ! » et désignant Cyril :
-« Et lui ? qui est-ce ? » et sans attendre de réponse :
-« Dépêche-toi de leur ouvrir, j'ai assez entendu de bruit pour ma journée ! »
Khépri s'éloigna, escorté de Cyril 
-« Ne fais pas attention, il ronchonne tout le temps, mais au fond, il est très gentil »
Devant l'entrée de la pyramide, tout un groupe attendait, et une exclamation les accueillit :
-« Enfin ! Tu en as mis du temps à revenir » rugit une lionne,
-« Où étais-tu passé, ça fait des heures que nous attendons ! »  renchérit un ibis, au bec fin comme une lame.
-«  La prochaine fois, ce n'est pas moi qui me chargerai de la clé ! Et si ce petit n'était pas passé par là, vous auriez pu attendre longtemps ! D'ailleurs vous auriez pu vous inquiéter un peu et me chercher. Mais vous étiez tellement occupés à faire la fête dans l'oasis ! »
-« Te chercher où ? » interrogea une chatte très élégante.
-« Qui est ton ami »  ronronna t-elle.
-« Il s'appelle Cyril. Viens que je te présente »
Désignant la chatte, qui inclina légèrement la tête
-« Voici Bastet. Et là c'est Hathor » en désignant une génisse.
-« Voilà Sekmet, Toth, Thoueris »  montrant tour à tour la lionne, l'ibis et un hippopotame.
-« Là, c'est Sobek. Mmhnn, lui, il est toujours de mauvaise humeur »  ajouta Khépri, en aparté, voyant le crocodile claquer des mâchoires, l'air grognon.
D'autres suivirent, et tous les noms donnèrent un peu le vertige à Cyril. Enfin, après un dernier remerciement, ils s'engouffrèrent dans la pyramide, le laissant seul avec Khépri.
-« Je te remercie encore » dit celui-ci.
- « Je ne sais pas ce qui serait arrivé ! Et il faut qu'ils regagnent leurs fresques murales au plus vite ! »
-«  De rien messire »  répondit Cyril, un peu gêné.
Khépri entra à son tour, le laissant seul . Cyril reprit son vol, en direction du logement du scribe, tout heureux de sa journée, saluant au passage le sphinx, qui lui fit un sourire.

Anenetep était toujours en train d'écrire quand il rentra dans la pièce, secouant un peu de sable de ses écailles.
-« Tu es content de ton voyage ? » lui demanda t-il.
-« J'ai appris ce qui était arrivé. Je suis en train de le consigner par écrit. Dans notre tradition, il est important que le nom soit écrit, pour que tous se souviennent. Le tien sera en bonne place dans le récit de cette journée ».
Cyril remercia et sortit, retrouvant le couloir sombre et frais du château Pc, la tête encore pleine de soleil et de nouveaux amis.

 

                                               **********************

-« Professeur, professeur ! »
Le chercheur arrivait à toute vitesse dans le bureau du directeur des fouilles, bureau installé sous une tente peinant à arrêter le sable qui volait ;
-« Regardez ce papyrus ! Je ne comprends vraiment pas ! »
Le professeur mit ses lunettes, et se pencha sur ce que lui désignait le savant, en plein milieu d'un papyrus très récemment découvert, dans un site daté du nouvel empire, et comprit le pourquoi de son agitation.
Que venait faire cette représentation d'un dragon sur le document ?

 

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Cyril le petit dragon à l'opéra

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La matinée avait été très calme, et Cyril en profitait pour mettre de l'ordre dans son petit appartement, rangeant ses fichiers, après les avoir soigneusement époussetés. Les archives nécessaires à la gestion de son blog s'étaient accumulés dernièrement, car Cerise avait ouvert de nouvelles rubriques, présentant davantage de photos et de liens, en plus des contes que Cyril racontait.

Il y avait des vacances, Cerise était partie avec sa grand mère faire des course, et Cyril se trouvait libre de son temps. Que ferait-il après avoir tout remis en ordre ? Un petit tour vers les pyramides, où il savait que ses nouveaux amis le recevraient avec joie. Le sphinx lui-même, avait abandonné sa mine renfrognée, et lui racontait des histoires du temps de sa jeunesse, quatre mille ans auparavant. C'était décidé, il irait les voir.
Ayant pris cette décision, Cyril terminait son rangement en sifflotant, pressé de se mettre en route, quand tout à coup un flot de musique emplit tout le château du royaume Pc.
Cyril, surprit, leva la tête pour écouter. Il n'avait jamais entendu une telle musique. Il devait d'ailleurs reconnaître qu'il n'avait jamais entendu beaucoup de musiques, il y avait trop peu de temps qu'il était arrivé dans le royaume. Avant, seulement dans son livre, il n'y avait que des sons étouffés qui lui parvenaient, un peu plus quand Cerise ouvrait les pages tout en écoutant la radio.
Dans le blog, il y avait plusieurs voisins qui avaient des fonds musicaux, mais il ne pouvait pas très bien entendre, mais là, c'était très clair. Il alla jusqu'à sa porte, et ouvrit, pour mieux écouter. Tous les couloirs vibraient de notes puissantes et mélodieuses, roulants en torrents impétueux et exaltants.

Plusieurs voisins sortirent sur le pas de leurs portes pour écouter, l'air intéressé, se demandant ce que cela pouvait bien être. Messire Documentis sortit à son tour, et levant la voix pour couvrir les sons harmonieux, expliqua :

-« La maman de Cerise a acheté le DVD d'un opéra célèbre, et le passera ce soir pour elle-même et des amies. Le royaume est relié pour la circonstance à celui de Tv, et Magnus a dû s'arranger avec eux pour un travail en collaboration. Ce que vous entendez sont les dernières répétitions avant la représentation. Le compositeur s'appelle Wagner, et son histoire est compliquée. Il y est question d'un anneau magique, d'amour, de vengeance. Une très belle musique, vous pouvez me croire ! Et la dessus, Documentis rentra dans son logement, en battant la mesure de la tête.

Cyril, n'y tenant plus, ferma sa porte derrière lui, et prit la direction du domaine des représentations . Il voleta allègrement, guidé par le son qui l'emmenait vers une autre partie du château, celle où les dvd étaient lus par des savants qui savaient interpréter les signes en sons et images. Cyril ne les connaissait presque pas. C'était des personnages austères, travaillant avec des faisceaux de lumière, toujours dans leurs calculs, pour présenter au mieux les ouvrages dont ils avaient la charge. Les spectacles étaient assez rares, mais les présentations de travail du père de Cerise nombreuses, et ils devaient aussi faire des copies qui devaient être parfaites.

Quand Cyril arriva dans la partie du château réservée aux présentations de dvd, l'aile F, il la trouva bruissante de monde. Beaucoup de voisins étaient venus. Il retrouva presque tout de suite Fantasty le violet, son ami, qui se fraya un chemin jusqu'à lui, survolant la foule.
-« Bonjour Cyril ! Tu as vu tout ce monde ? Cela va être un beau spectacle. Et là, dehors, la maman de Cerise a invité beaucoup de ses amies. C'est dire s'il faut que tout soit parfait. Veux tu aller un peu en coulisse ? »

Cyril, très excité s'empressa de suivre Fantasty, tous deux s'envolant au dessus de la cohue, pour se diriger vers une connexion s'ouvrant à peu de distance. Ils se retrouvèrent très vite dans un fichier inconnu de Cyril, là où se présentaient les CD et DVD.

La scène était très grande, le rideau encore fermé, et derrière lui, de nombreuses personnes s'agitaient. Tout à leurs répétitions de dernière minute, ils ne firent aucune attention aux deux dragons, qui regardaient, fascinés et tassés dans un coin.
Là une cantatrice faisait des vocalises. Sa tenue était impressionnante, elle portait une armure en métal noir, sur laquelle retombaient de longs cheveux blonds. Cyril la trouva très belle. Il y avait aussi un homme à la voix grave, portant une lance, un bandeau sur un œil. Un autre plus jeune, se préparait à forger une épée, aidé par un personnage presque difforme. Des figurants, et un décor déjà installé, une forêt touffue et mystérieuse, où s'ouvrait une grotte. Dans le fond de cette grotte, quelque chose brillait, sans que l'on puisse savoir quoi. Cyril ne se lassait pas de regarder, sans savoir où fixer son attention, tant il y avait de choses à voir et à entendre. Fantasty le poussa légèrement de la patte :
-« Magnus est là, et il me fait signe »

Cyril suivit des yeux la direction indiquée par son ami. Magnus Discus s'était aussi déplacé en personne, et appelait Fantasty, sans doute pour le seconder.
-« Je te laisse, retourne dans la salle, ça ne va pas tarder à commencer ».

Cyril acquiesça, et Fantasty repartit, le laissant dans le coin de coulisse qu'il n'arrivait pas à quitter. Un pas un peu lourd ébranla le sol derrière lui, et une voix de basse, résonnant comme avec un écho le fit sursauter :

-« Et bien jeune dragon, que fais-tu là ? »

Cyril se retourna pour se trouver face à un imposant dragon, qui le regardait avec curiosité et bienveillance. Il portait un casque ouvragé, un écu et ses écailles luisaient, lustrées par un produit de brillance pour la scène.

-« Bonjour messire » fit Cyril, timide,
-«  C'est la première fois que je vois un opéra. Je sais que je ne devrais pas être là, mais... »
-« Ca ne fait rien »  répondit le chanteur, de sa voix formidable,
-« Si tu restes bien sage, tu peux rester ».
-« Vous chantez tout de suite, messire ? »
-« Non, moi après le premier acte ».
-« Je ne savais pas qu'il y avait des dragons dans l'opéra »  fit Cyril, un peu incertain.
-«  Pas beaucoup, du moins dans les œuvres en Europe. Les pays de l'Asie font plus appel à moi. ».

Il fixa Cyril avec une lueur amusée dans le regard :
-« Tu veux faire un peu de figuration ? »
-« Moi ! » s'étrangla Cyril
-« Il y a une scène courte, où mon personnage est évoqué. On aperçoit la caverne, et moi je dors sur mon trésor. Il te suffit de rester sans bouger, couché sur les fausses pièces d'or, et le tour est joué ! On ne verra pas que tu es plus petit, nous sommes à peu près de la même couleur. Je dirais même que tu me rendras service, comme ça je peux mieux me préparer pour la suite. Allez viens, que je te fasse maquiller ».

Un peu plus tard, Cyril était installé dans son décor, plongé dans la pénombre, attendant que vienne le moment où les projecteurs allaient se braquer sur lui. Il n'avait rien d'autre à faire que de rester couché sur le trésor, mais son cœur battait très fort. Un régisseur le préviendrait quand son tour allait arriver, en attendant, il écoutait de toutes ses oreilles, et regardait au  travers du rideau qui fermait la caverne.
-« Cyril » appela le régisseur,
-« Ça va être à toi ! installe-toi vite ».

Cyril se dépêcha de se coucher comme on lui avait montré, gardant quand même un œil un tout petit peu entrouvert, et attendit.
Le rideau s'ouvrit brusquement, la caverne fut inondée de la lumière des projecteurs, faisant briller l'or et les écailles du dragon, la musique déferla. Cyril eut le temps de voir la scène, les chanteurs, le premier rang de la salle. Le rideau se referma, le régisseur lui murmura :
-« Tu peux sortir, c'est terminé ».

Cyril, tout étourdi, se leva, et sortit du décor, pour se retrouver face à son mentor :
-« Tu t'es amusé ? »
-« Oh oui messire ! Je vous remercie, c'était... » Cyril ne trouvait plus ses mots.
-« Reste en coulisse jusqu'à la fin, nous pourrons bavarder après. Ce n'est pas si souvent que je croise un congénère en dehors de l'Asie ».

                                                             **********************

-« As-tu aimé cet opéra ? »  demandait sa mère à la petite fille à la fin de la soirée, ses amies parties. 
-« C'était très beau ! » répondit Cerise, qui était restée sage tout le temps.
-«  Et j'ai bien aimé le dragon. J'ai même trouvé qu'il ressemblait à Cyril, quand il est dans sa caverne, la première fois ! »

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Cyril le petit dragon et l'invasion de spams

 

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Cyril se sentait vraiment triste, et pour tout dire il était très malheureux !
Il était puni, c'était normal, il avait fait une grosse bêtise, mais depuis plus d'une heure qu'il balayait, Dame Outlook ne lui avait plus adressé la parole, se contentant de le regarder de temps en temps par dessus ses lunettes, l'air désapprobateur, avant de retourner à son travail. Pire encore, personne n'osait lui parler en venant prendre ou déposer du courrier, voyant que la maîtresse des lieux était mécontente.
La journée avait pourtant bien commencée. Tout le monde avait passé une excellente soirée en assistant à la représentation de l'opéra, et était rentré enchanté. On avait même pu entendre de loin Magnus Discus chanter l'air principal d'un des personnages, un air où il était question d'adieux à sa fille. Très beau et imposant. Il faut dire que Magnus avait une  belle voix !
Après une nuit un peu courte, mais reposante, les habitants du château du royaume Pc, étaient repartis à leurs postes et leurs affaires, la tête encore pleine de notes de musique.
Cyril avait décidé de se promener un peu, avant de retourner dans le blog de Cerise, où la prochaine parution était prévue pour le soir seulement. Il déambulait donc tranquillement dans les couloirs du château, en saluant les voisins qu'il croisait, échangeant quelques mots, ou bavardant un moment avec l'un ou l'autre, qui voulait savoir ce que ça lui avait fait d'être sur scène. Il n'avait fait qu'une toute petite figuration, mais en était très content autant que fier, et ses voisins l'enviaient un peu.

Ses pas l'avaient amené à passer devant la porte de Dame Outlook, la grande intendante du courrier de Pc. Un personnage important dans le royaume, juste après messire Documentis, car par elle transitaient tout les écrits de la famille de Cerise. C'était une personne d'assez petite taille, ronde comme une boule dans sa belle robe aux plis moirés qui frôlait le sol, portant une ceinture avec de belles pierres de couleur, où pendaient toutes les clés des boites dont elle avait la charge. Elle avait un visage tout aussi rond, où brillaient des yeux bleus au regard perçant par dessus de petites lunettes perchées au bout de son nez. D'épais cheveux blonds, un peu mêlés de gris encadraient le visage, disciplinés tant bien que mal sous sa coiffe à longs voiles, retenue par un diadème très dépouillé, simple cercle en or.
Sa porte était ouverte, et elle-même prête à sortir, un document à la main, portant seau et ruban. Une missive urgente, très certainement.
Avant que Cyril ait pu la saluer, elle l'avait interpellé avec son autorité coutumière :

-« Cyril, sois gentil, je dois porter en personne cette lettre à Magnus Discus, et je n'aime pas laisser mon domaine sans surveillance. Rentre, et reste là le temps que je suis absente. Je ne devrais pas être longue. Si quelqu'un vient, tu lui diras de repasser ou d'attendre ».
Le petit dragon était donc entré, s'était installé derrière un grand comptoir :
-« Que dois-je faire, Madame ? »
-« Surtout rien du tout ! Tu ne touches à rien. Simplement s'il y a des visiteurs, tu leur dis de patienter »
-« Bien Madame »  avait répondu Cyril, tout heureux de rendre service.

Une fois Dame Outlook partie, il avait regardé autour de lui. C'était la première fois qu'il entrait. C'était une très grande pièce, remplie elle aussi de dossiers, comme chez messire Documentis. Il y avait aussi des dépendances, avec des fichiers, des adresses, des horaires à respecter. Cyril voyait du courrier arriver dans le blog, qu'il devait aussitôt faire suivre à Dame Outlook, mais n'avait encore jamais imaginé à quel point le nombre de lettres et de dossiers était important. Deux personnes étaient entrées, surprises et amusées de le trouver là, puis étaient ressorties, n'ayant pas le temps d'attendre.

Dame Outlook tardait à revenir, et Cyril voyait les lettres et documents joints s'accumuler dans les boites respectives. Elle allait avoir beaucoup à faire ! La boite du père de Cerise était particulièrement pleine, et continuait de se remplir. Cyril en était à ce point de ses réflexions quand une sonnerie retentit, lui vrillant quelque peu les oreilles. Des plis urgents !

Un voyant lumineux lui indiqua qu'il s'agissait bien de la boite du père de Cerise, et les lettres en question étaient clairement visibles. Cyril se dit qu'il pourrait les sortir, et les tenir prêtes pour Dame Outlook, qui serait contente de les voir tout de suite, elle toujours submergée de travail. Bien sur, elle avait dit de ne rien toucher, mais prendre une lettre ou deux ne serait pas grave, et lui ferait gagner du temps.
Cyril s'était approché de la boite, et avait ouvert la porte.

Immédiatement un flot de messages portant la mention « spams » en rouge lui avait sauté au museau. C'était cette mention rouge qui lui avait fait croire qu'il s'agissait de lettres importantes, mais ce n'était sûrement pas cela. Il tenta de refermer la porte, sans y arriver, tant le nombre de messages était important. Il essaya de les retenir à l'intérieur d'une patte, pendant que de l'autre il essayait encore de refermer, sans plus de succès, et sur le sol, les spams s'entassaient, envahissant tout, dégoulinant jusqu'à l'entrée, et commençant de se répandre dans le couloir. La boite, grande ouverte, laissait échapper une masse torrentielle de messages, dans laquelle les pattes de Cyril s'enfonçaient. Il essayait de les ramasser pour les mettre dans un coin, mais à peine l'avait-il fait, que le tas s'était reformé, coulant et roulant toujours plus loin. Il venait d'avoir fait une pile de plus, tentant une fois encore de refermer la boite, quand un rugissement de colère retentit derrière lui.

Dame Outlook entra comme une flèche, relevant le bas de sa robe pour ne pas l'abîmer dans le tas de spams, courut jusqu'à un tableau dans le mur, où elle inséra une de ses clés. Immédiatement la boite se referma, bloquant l'avance des messages. Cyril, pitoyable, les pattes arrières disparaissant dans la masse des lettres, baissa la tête devant le regard furieux de Dame Outlook, qui se mit immédiatement à crier très fort, si fort que les curieux s'arrêtèrent devant la porte d'entrée pour voir ce qui se passait.

-« Regarde ce que tu as fait ! Je t'avais bien dit de ne toucher à rien ! Tu m'as désobéi et je suis furieuse ! ».

et elle continua ainsi pendant plusieurs minutes, pour finir par déclarer :

-« Tu es puni ! Tu vas prendre ce balai, et me balayer tout ça dans le coin. Et je ne veux pas t'entendre dire un mot. Allez ouste ! au travail ! ».

Tout cela remontait à déjà à plus d'une heure, et le tas de messages était presque entièrement repoussé contre un mur, laissant revoir le sol en carreaux de marbre. Pourtant Dame Outlook ne lui parlait toujours pas, et Cyril, de plus en plus triste , se taisait. Il avait tellement honte !
Une grosse larme perla au bout de ses cils ( vous ne le savez peut-être pas, les dragons ont de très longs cils) roula le long de son museau, jusqu'à son nez, pour finir par s'écraser sur le tas de missives, délavant l'encre, la diluant sur les enveloppes. Une deuxième, puis une troisième suivirent. La voix de Outlook dans son dos le fit sursauter :

-« Qu'est-ce que je vois ? Tu ne vas pas me dire qu'un grand garçon comme toi pleure parce que je l'ai puni ? »

Cyril, le cœur gros, et la gorge nouée, n'arriva pas à former les mots pour une réponse.

-« Si tous ceux après lesquels je crie se mettaient à pleurer, nous serions en train de vivre dans une piscine ! ».

Elle considéra le tas bien balayé :
-« Tu as tout ramassé. Pousse-les vers la boite des indésirables, que le régisseur de la corbeille ait un peu de travail lui aussi. C'est un flemmard, ça lui fera du bien ».

Cyril un peu ragaillardi, s'exécuta, et les messages disparurent comme par enchantement.

-« Tu es un bon petit »  dit Dame Outlook,
-« mais tu ne dois pas ouvrir une boite postale n'importe comment, il faut faire attention, car les spams sont un fléau. Ils peuvent même transporter des virus ! Alors écoute ce qu'on te dit, et tout ira bien ».
Elle se dressa sur la pointe de ses petits pieds, et déposa un gros bisous un peu humide sur le nez de Cyril, qui faillit se remettre à pleurer.

-« Tiens, prends ce pli, et vas le porter à messire Documentis »  dit Dame Outlook, en lui tendant un parchemin enrubanné de rouge, et laisse-moi travailler maintenant ».
Cyril murmura un petit : « oui Madame » et sortit, encore très ému, mais heureux de la confiance revenue, il vola allègrement vers les appartements de Documentis.

 

                                                             ************************ 

-« Ca alors ! » fit tout haut le père de Cerise,
-« Qu'y a t-il ? » interrogea la maman.
-«  Je n'avais encore jamais vu une pareille quantité de spams à la fois ! Heureusement que le système de blocage a  bien fonctionné ».  http://image.mabulle.com/h/ha/hauteclaire.mabulle.com/2e9c1db5973fefc86f907e47cbfb7a28.gif

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Cyril et Barbe d'Or le pirate

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Comme tous les matins, Cyril se dirigeait vers le blog de Cerise, quand un bruit étrange lui fit dresser l'oreille :

-Clip clop, clip clop.

Qu'est ce que ça pouvait bien être ?
Au détour du couloir il se trouva en face d'un étonnant personnage.
Il portait un grand chapeau noir, par dessus un foulard rouge qui lui enserrai la tête, une chemise à jabots, largement ouverte sur la poitrine. Une veste avec des pièces multicolores, un pantalon à larges rayures, s'arrêtant aux genoux complétaient l'ensemble. Le pantalon découvrait d'un côté une jambe poilue, chaussée d'une botte à larges rabats, de l'autre un pilon de bois. C'était ce pilon qui faisait le bruit curieux que Cyril avait entendu.
La tenue de l'homme était rehaussée d'un sabre court fixé à la ceinture, d'un anneau à l'oreille et d'un bandeau sur son œil gauche. Un pirate ! Ce ne pouvait être qu'un pirate, se dit Cyril, qui en avait vus de loin, dans d'autres blogs. Il restait expectatif, quand l'homme s'adressa à lui d'une voix tonitruante :
-« Par la corne de Belzébuth, moussaillon, nous venons d'accoster dans ce port, et je dois présenter mes lettres de créance au capitaine, un certain Magnus Discus, et je me suis perdu.
Peux tu me montrer la route à suivre ? »
-« Euh, oui messire, bien sur messire ». répondit Cyril, plutôt étonné.
Ils se dirigèrent de concert vers les appartements de Magnus :

-« Nom d'un canon, moussaillon, voilà un bien beau  bâtiment »  s'écria le pirate.
-« Au fait, je suis Barbe d'Or, capitaine de l'Altaïr, une fière goélette, je te l'assure  ».

De fait, l'homme portait une magnifique barbe d'un blond doré, soigneusement bouclée, peignée, et ornée de deux petits nœuds rouges, assortis au foulard.

Ils se trouvèrent bientôt devant la porte de Magnus Discus, où le page de service prit les documents de Barbe d'Or avant de le faire entrer.

-« Sois gentil, petit »  lui dit celui-ci,
-« attends-moi, sinon je vais encore me perdre. Pas moyen de retrouver mon chemin quand je suis sur la terre ferme ! »
-« Bien sûr Messire »  fit Cyril, ravi de la rencontre.
Au bout d'un petit moment Barbe d'Or ressortit :
-« Par ma barbe, voilà un capitaine selon mon cœur, un vrai meneur d'hommes ! A propos, nous allons nous revoir souvent, puisque je dois jeter l'ancre dans ton blog pour raconter l'histoire de mes courses et de mes faits d'arme. Mène-moi jusque là, veux-tu, mon équipage doit avoir amené l'Altaïr au mouillage ».

Ils cheminèrent ainsi jusqu'au blog de Cerise, et une fois arrivés devant la porte du nouveau fichier, Barbe d'Or dit :

-« As-tu envie de faire un tour en mer ? »
-« Moi Messire ? Je ne suis jamais monté sur un bateau ! » fit Cyril, enthousiasmé.
-« Alors en avant ! et appelle-moi capitaine, comme tout le monde »
Barbe d'Or ouvrit le porte du fichier, et aussitôt une lumière radieuse les éclaira, dorée et transparente. Un vent chargé d'une odeur de vanille vint chatouiller les narines de Cyril, mélangée à celle, subtile de l'iode, caressant les écailles de son poitrail. Il suivit le capitaine à l'intérieur du fichier, et se retrouva sur une plage de sable fin, bordée de cocotiers épanouis, face à une mer d'un bleu-vert brillant, qui venait lécher le bout de ses pattes. Il fut incapable de prononcer une parole, seul un
-« Ooh » sortit de sa gorge.
Sa surprise amusait le capitaine :
-« Et oui, nous sommes dans les îles, moussaillon. Près de la Tortue, où les armées royales ne peuvent nous trouver ».
A quelques encablures, en mer, un superbe navire se balançait doucement, au gré de la houle.
-« Mon Altaïr »  dit fièrement Barbe d'Or,
-«  Le plus beau et le plus rapide des vaisseaux pirates. Je ne me lasse pas de le regarder. Mais où sont donc mes lascars ! Ils devraient être là pour nous chercher. Ils vont voir de quel bois je me chauffe ! Ah, voilà le canote ».

Une petite embarcation s'était détachée du flanc du voilier, et venait vers la plage au rythme régulier des rames qui montaient et descendaient.
-« Allez garçons, souquez ferme ! »  lança Barbe d'Or d'une voix si forte que Cyril sursauta.
Le canot arriva rapidement et trois hommes sautèrent dans l'eau pour le tirer sur le sable. L'un deux vint en courant vers Barbe d'Or et Cyril :
-« Capitaine ! »  dit-il, sans prendre le temps de saluer, ni même de regarder le petit dragon :

-« Nous avons été pris en traître ! Les hommes de Long Harry silver nous ont volé la figure de proue ».
-« Quoi ! »  rugit Barbe d'Or, faisant sursauter Cyril pour la deuxième fois.

-« Ces pirates d'eau douce, vous vous êtes laissé berner par ces navigateurs de flaque d'eau ! Nom d'un sabre d'abordage, comment avez-vous fait ? »

-« Vous savez comment elle est » répliqua le marin
-« Coquette comme toutes les figures de proue. Elle était partie nager, et elle s'est laissée raconter de belles histoires par ces malappris ».
-« Ça ne se passera pas comme ça ! Je m'en vais leur montrer qui est Barbe d'Or ! Tout le monde à bord. Cyril, tu embarques, tu pourras nous être utile ».
Puis considérant le dragon :
-« Mais tu vas être trop lourd pour le canote.. ».
-« Je vais voler jusque là, capitaine. Faites-moi signe quand vous voudrez que je vienne ».
Le capitaine monta dans le canot, qui s'éloigna rapidement de la plage. Au bout d'un moment Cyril vit la silhouette du capitaine s'agiter sur le pont, et l'entendit hurler :
-« Viens, monte à bord ! ».
Il prit son vol, au-dessus des vagues, et atterrit en douceur sur le pont, sous le regard curieux des hommes d'équipage. Barbe d'or le désigna :
-« C'est Cyril, il va nous donner un coup de main ».
Il y eut un murmure approbateur et Cyril, intimidé, fit un petit bonjour aux hommes qui l'entouraient. C'était de rudes gaillards, presque tous torse nus, la peau brunie et tannée par le soleil, armés de sabres et de coutelas. Quant au bateau, il était magnifique. Le pont tout entier de bois précieux, brillait sous le soleil de sa belle couleur acajou. Les cuivres jetaient leur éclat rouge, et la barre attendait son maître. Barbe d'Or lui montra un homme encore plus imposant que les autres, un géant aux muscles saillants, avec une longue moustache qui retombait sur la mâchoire :
-« C'est John le rouge, mon second ».
Le second en question lui asséna une tape si énergique en guise de bienvenue que Cyril faillit en trébucher.
-« Content de te voir à bord ! »  déclara une voix de basse, avant que le second ne se tourne vers le capitaine :

-« Quels sont vos ordres, capitaine ? »
Barbe d'or prit sa respiration et se mit à hurler :

-« Hissez la grand voile ! relevez l'ancre ! nous allons leur montrer ce qu'il en coûte de voler ma figure de proue ».
Des hommes se ruèrent dans le gréement, montant à toute allure, pour déployer la voilure, pendant que Barbe d'Or prenait la barre, et que son second donnait des ordres rapides et précis aux hommes. Le navire vira de bord, pour se mettre sous le vent, et bondit en avant, fendant les flots avec la rapidité d'un poisson volant.
Cyril, que le capitaine avait placé à la proue, humait avec bonheur l'air du large, laissant les embruns couler sur ses écailles luisantes au soleil, regardant émerveillé les dauphins qui bondissaient dans le sillage de l'Altaïr, les oreilles résonnant du chant des marins, repris à l'unisson pour travailler en cadence. Au bout d'un temps qui lui parut trop court, un autre navire fut en vue. Barbe d'or qui avait sorti une longue vue en cuivre de sa poche, déclara :

-« Les voilà ces pirates d'eau douce ! C'est bien ça, le Dénébola. Nom d'une bouteille de rhum !Je les tiens, ils ne m'échapperont pas ! En avant garçons, à l'abordage ! Hissez le pavillon noir, pas de quartiers ».
Cyril, un peu perdu, se demandant ce que tout cela signifiait, plutôt inquiet de voir un pavillon noir à tête de mort, et os croisés monter au grand-mat, sentit un frisson le parcourir. L'autre vaisseau virait bord sur bord, et commençait à s'éloigner pour prendre la fuite, quand Barbe d'Or hurla :
-« Cyril ! c'est à toi ! Envoie-leur du feu sur les voiles moussaillon ! ».
-« Mais capitaine »  hasarda le petit dragon.
-«Nom d'un doublon, pas de discussion ! A mon bord tu obéis ».
Le ton était sans réplique, Cyril prit son souffle et cracha un beau jet de feu sur les voiles qui, carbonisées, tombèrent en poussières sur le pont. Voyant cela, les hommes se ruèrent sur les canots de sauvetage, et prirent la fuite de toute la vitesse de leurs rames.
Barbe d'Or éclata d'un rire énorme :
-« Bien joué moussaillon ! Tu as bien mérité ta part du butin petit. Mais qu'est-ce que je vois ? » continuait-il d'un ton goguenard.
Cyril, suivant la direction de son regard, vit dans l'eau une créature approcher en nageant rapidement, puis s'asseoir sur le siège en bois, simple planche, descendu par les hommes le long de la coque. Une sirène ! avec de longs cheveux vert d'eau, et de grands yeux bleu marine. Elle était ravissante, malgré un air plutôt maussade et vexée, et ne daigna pas répondre à l'apostrophe de Barbe d'Or :
-« Alors petite, on écoute les beaux parleurs ? On croit trouver mieux ailleurs, et on se retrouve sur un rafiot branlant ! Allez, ramenez-la à son poste ».
Deux hommes la prirent dans leurs bras (elle était grande) et la portèrent à l'avant, pour la redescendre à sa place. Au passage elle fit un clin d'œil coquin à Cyril, qui en resta éberlué.
-« Et maintenant, l'abordage ! »
L'Altaïr fut amené bord à bord avec le Dénébola déserté, et les hommes passèrent adroitement sur des planches posées d'un bastingage à l'autre. Cyril vola et se posa sur le pont. Un beau navire aussi, bien que nettement moins rutilant. Les hommes se saisirent de caisses remplies de doublons, et en un clin d'œil, il n'y avait plus rien d'intéressant à prendre. Le second demanda :
-« On le coule capitaine ? »
-« Humpff.. »  fit celui-ci,
-« Je n'aime pas couler le navire d'un collègue, même s'il s'agit d'un pirate de pacotille. Laissez-le, ils remonteront à bord ».

Il marqua un temps de réflexion :
-« Ça mérite quand même une revanche. Prenez leur figure de proue ». 
Les hommes descendirent le long de la coque, et après quelques instants remontèrent avec une créature qui regardait autour d'elle l'air apeuré. Barbe d'Or éclata d'un grand rire :
-« Ça alors ! N'ais pas peur mignonne. Cyril, ton aide aura été précieuse, et tu en es récompensé ».
Cyril, ravi et tout embarrassé, ne savait quoi dire à la très jolie dragonne aux écailles rouges qui était devant lui.
La journée se termina devant un verre de rhum, sur la plage, en chantant des chansons d'hommes de mer pour les équipages ( ceux du Dénébola étaient finalement venus les rejoindre) et à regarder les reflets de la lune dans l'eau pour les deux dragons.

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Cyril le petit dragon et l'enchanteur Merlin

 

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Cyril rentrait du blog de Cerise, après une autre journée bien remplie. Il était un peu fatigué, et baillait à s’en décrocher la mâchoire. Depuis que les pirates étaient arrivés pour présenter leurs histoires, en plus des siennes, il y avait d’avantage de monde. Il avait donc plus de travail de présentation. Il devait reconnaître aussi qu’il avait beaucoup navigué ces derniers jours, aussi bien à bord de l’Altair, que du Dénébola. Le second de l’Altair, John le rouge, avait entrepris de lui apprendre à tenir la barre, ce qui le ravissait. Il allait tout aussi souvent sur le Dénébola pour voir Abby, la dragonne figure de proue. Heureusement les deux capitaines s’étaient réconciliés, et ses allées et venues entre les navires ne posaient pas de problèmes. Le capitaine du Dénébola ne lui en voulait pas pour ses voiles carbonisées, seule Viveca, la sirène de l’Altair, figure de proue elle aussi, prenait une mine pincée quand elle voyait les deux dragons s’envoler ensemble. Une vraie chipie ! Ils retournaient régulièrement sur la plage, et les cocotiers étaient les témoins de leurs courses poursuites aériennes, autant que les pirates qui mouillaient là pour se partager les butins, et qui riaient de les voir.
Justement la soirée s’était déroulée en jeux, et Cyril avait un peu mal aux ailes d’avoir tant fait de cabrioles pour impressionner Abby. Ils s’étaient quittés à regret, se donnant rendez-vous pour le lendemain.
Cyril était malgré tout content de retrouver son lit, quand il entendit que quelqu’un l’appelait. Un page au service de Magnus Discus arrivait en courant, plutôt essoufflé :
-« Cyril ! Où étais tu passé ? Magnus Discus te demande sans délais ! ».

Comme à chaque fois que le mage maître du royaume Pc le faisait appeler, Cyril sentit une certaine angoisse. Il avait beau savoir que le mage était très gentil sous ses dehors bougons, ses grands pouvoirs l’impressionnaient. Il emboîta donc le pas au serviteur, lui demandant s’il savait de quoi il s’agissait :
-« Je sais qu’il y a quelqu’un d’important avec Magnus, c’est tout ce que je peux te dire, je viens de prendre mon service. Je n’étais pas là quand il est arrivé ».
Cyril n’en était pas plus rassuré quand il entra chez Magnus, à la suite du page. Magnus se tenait à sa table de travail, des documents empilés devant lui, comme à son habitude. Un peu en retrait, dans la pénombre du soir tombant, un autre personnage se tenait. Cyril lui jeta un regard curieux, sans vouloir le dévisager.
-« Viens petit Cyril »  fit Magnus,

Le personnage s’avança en même temps, regardant Cyril intensément. Il paraissant plus jeune que Magnus, avec ses cheveux blonds, ses yeux clairs, sa haute stature. Il portait l’armure des hommes d’armes, recouverte d’un long manteau sombre de mage. Il tenait dans sa main un grand bâton de bois sculpté, surmonté d’une tête de dragon, dont les yeux de rubis brillaient à la lumière du feu dans la cheminée. Cyril sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, ce ne pouvait être….
-« Viens Cyril, que je te présente à messire Merlin ».

C’était bien lui, l’intuition de Cyril ne l’avait pas trompé. Merlin ! Le mage entre les mages, le maître qui se servait de la magie du grand dragon des origines du monde des enchantements et des légendes pour accomplir ses sortilèges. Tous les dragons lui devaient obéissance, mais bien peu pouvaient prétendre l’avoir rencontré, et il était là, devant Cyril, qui en resta pétrifié, sans pouvoir dire un mot. Même Magnus Discus semblait moins important en sa compagnie.
Merlin lui sourit avec bienveillance, amusé par l’émoi évident du petit dragon.
-« Ne sois pas timide » intervint le maître du royaume Pc,
-« Messire Merlin, a besoin de tes services ».

-« De moi ? » réussit  à dire Cyril, d’une voix étouffée.
-« Cerise a fait entrer plusieurs récits de la table ronde dans ses fichiers, ils seront édités dans le blog, où tu devras les présenter. En attendant, messire Merlin, qui surveille tous les récits qui sont fait de sa légende, a vu que quelque chose n’allait pas, et il a besoin d’un dragon ».
Cyril qui se sentait complètement abasourdi devant une telle demande, balbutia :
-« Et Fantasty ? Il a tellement plus d’expérience que moi ».

Merlin intervint, parlant d’une voix douce et claire, teintée d’accent gaélique :
-« C’est toi que j’ai choisi, petit. Tu vas m’accompagner dans Brocéliande. Je te dirai en chemin ce que j’attends de toi ».
Cyril s’inclina avec respect, incapable d’en dire plus. Merlin se retourna vers Magnus, qui s’était levé, et les deux mages se saluèrent d’une ferme poignée de mains. L’enchanteur sortit des appartements de Magnus, marchant à grands pas, suivi par un Cyril muet d’émotion et de timidité, volant au ras du sol.
L’entrée de la connexion qui menait au fichier fut vite atteinte, et s’ouvrit devant les deux compagnons. Merlin entra, disparaissant un instant aux yeux de Cyril, qui s’engagea à son tour dans le fichier. Il se retrouva dans la lumière tamisée d’un sous bois, que les rayons du soleil ne pénétraient pas complètement, se contentant de caresser le sol en traits dorés. Immédiatement son nez sensible capta des odeurs de feuilles, de fleurs, d’animaux sauvages. Une odeur de terre aussi, d’arbres et de sève, un pur délice !
La voix de Merlin le ramena au présent et à sa mission :

-« Nous voici dans Brocéliande, nous devons la traverser, et une fois arrivés je te dirai ce  que tu dois faire ».
-« Bien messire »  Fit Cyril, émerveillé ce qu’il découvrait. Une telle forêt, luxuriante, débordante d’énergie et de magie, ne pouvait exister qu’en légende, et pourtant il s’y trouvait. Merlin s’était déjà éloigné quand le dragon, sortant de sa contemplation, s’aperçut qu’il était resté sur place, et dû se dépêcher pour le rejoindre. Ils avancèrent ainsi de concert, Cyril devant lutter pour ne pas s'écarter à tout moment pour respirer une fleur, courir derrière un cerf qui avait montré le bout de s